De Fuga in persecutione, vi-ix
IDÉE DU SYSTÈME. iQi
de Montan qui est pour lui un organe du Paraclet. C'est là-dessus qu'il se fonde comme sur une preuve irréfragable de la vérité de son sentiment. Il y a certainement de la grandeur jusque dans l'exagération de cette fermeté impitoyable, et Ton ne peut qu'admirer avec quel accent de fierté chrétienne le dur Africain exhorte les fidèles à ne pas quitter leur poste au moment du combat :
« Quelques-uns oublient les exhortations divines, aimant mieux s'appliquer ce vers grec d'une sagesse toute mondaine î « Le soldat qui fuit peut revenir combattre », pour s'enfuii* encore apparemment. Et quand sera-t-il vainqueur celui qui s'avoue vaincu en prenant la fuite ? Quel excellent soldat va fournir au Christ celui qui, armé de toutes pièces par l'apôtre pour le jour de l'épreuve, abandonne son poste aussitôt qu^il entend sonner la trompette de la persécution t Je répondrai à mon tour par cet adage emprunté à la sagesse du siècle : « Mourir, est-ce donc si terrible? » Vainqueur oïl vaincu^ il faudra mourir; Si vous i*eniez votre foi au milieu des tourments, vous aurez du moins lutté contre les supplices. J'aime mieux pouvoir vous plaindi*e que d'avoir à rougir de vousi tin soldat perdu sur le champ de bataille est plus beau qil*uii soldat sauvé par la fuite: Tu trembles devant un hommcj ô chrétien, toi que les anges doivent craindre, puisque « tu « jugeras les anges » ; toi tjue j^ps démons doivent craindre; puisque tu as reçu puissance sur eux; toi que l'univers entier doit craindre, puisque c'est en toi que le monde sera jugé: Tu as revêtu le Christ, le jour oii tu as été baptisé dans le Christ. En fuyant devant le démon, tu déshonores le Christ qui est en toi ; tu te rends au démon comme un transfuge... Ah I qu'il est meilleur serviteur de Dieu, celui qui dit dans
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son cœur : 11 est le Seigneur, le Tout-Puissant : tout Tunivers est à lui ; en quelque lieu que je me trouve, n'importe, je suis sous sa main. Que sa volonté s'accomplisse, je ne me retire point : s'il veut que je périsse, qu'il me perde lui-même, pourvu que je me sauve pour lui I J'aime mieux rejeter sur lui la responsabilité de ma mort, en périssant par sa volonté, que d'exciter sa colère, en échappant par la mienne *. »
Assurément, je le répète, ce mépris stoïque de la mort, relevé par la supériorité des motifs qu'inspire la foi, révèle une grande àme. Tertullien possède au suprême degré le sens et le culte de l'héroïsme. C'est la mâle énergie de Thraséas ou d'Épictète transfigurée par l'idée chrétienne du sacrifice. Mais n'est-ce pas excéder les bornes d'une juste appréciation que de préférer la défaite du chrétien qui renie la foi sous la pression des supplices, aux précautions qu'il aurait pu prendre pour éviter le combat? Ne vaut-il pas mieux se soustraire à la lutte lorsqu'on a lieu de craindre une défaillance, que de l'affronter avec la perspective d'une chute probable? Une présomption téméraire n'est pas moins criminelle qu'une injuste défiance. Encore une fois, la fuite d'un chrétien pendant la persécution pouvait n'être pas envisagée comme une action d'éclat, mais rien n'autorisait à y voir une trahison. C'est ainsi que les chefs de la hiérarchie eux-mêmes, suivant le témoignage de Tertullien qui le leur reproche amèrement, ne craignaient pas dans l'occasion de se dérober par la fuite à la haine de leurs persécuteurs, bien qu'ils fussent disposés à confesser la foi au prix de leur vie le jour oîi ils tombe-