Apolog., l; ad Scapulam, v
lui-même, quand son esprit logique, remontant de l'eifet à la cause, le portait autrefois à rechercher dans les martyrs le principe de leur force.
A partir de ce moment- là, TertuUièn mit au service du christianisme toutes les puissances de son âme énergique et ardente. C'était une de ces natures qui ne se donnent pas à demi, mais se vouent tout entières à la cause qu'elles embrassent, passionnées dans leurs sympathies conmie dans leurs répulsions, et joignant à un amour enthousiaste de la vérité des haines vigoureuses contre l'erreur ou ce qui leur semble tel. La chaleur de ses convictions se manifesta dès lors par l'activité littéraire qu'il ne cessa de déployer durant un demi-siècle. Jusqu'à l'extrême limite de l'âge, on le voit constamment sur la brèche, défendant la religion contre le paganisme, attaquant les hérésies, encourageant les martyrs et tonnant contre le désordre des mœurs avec une véhémence qui ne se lasse jamais. La souplesse de son talent lui permet d'aborder les genres les plus divers : apologies, pamphlets, traités de controverse, exhortations morales, tout coule de sa plume avec une égale facilité; et depuis l'homélie jusqu'à l'invective, il répand sur tout ce qu'il touche une verve intarissable. Toutefois, Messieurs, il est facile de ramener à trois chefs principaux les différents écrits de TertuUien, en l'envisageant successivement comme apologiste, comme moraliste et comme confroversiste. Ou bien, pour porter encore plus de clarté dans notre sujet, je dirai que les œuvres de ce grand écrivain embrassent la doctrine et la vie chrétiennes considérées soit dans leurs rapports avec le paganisme, soit en elles-mêmes, soit dans leur opposition avec les hérésies. C'est sous ce triple aspect que nous allons les examiner, en obser-
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vaut autant que possible l'ordre dans lequel elles s'échelomient le long du deuxième et du troisième siècle.
A l'époque où TertuUien vint marquer son rang parmi les apologistes de la religion chrétienne, la lutte du paganisme avec l'Église se continuait sur toute l'étendue de l'empire romain. Le règne de Marc-Aurèle n'avait pas été favorable aux disciples de l'Évangile. Vainement saint Justin, Athénagore, Méliton de Sardes et Claude Apollinaire avaient-ils essayé de faire triompher auprès de l'empereur les droits de la conscience et de la vérité, le stoïcien couronné n'avait opposé à leurs requêtes que la froide cruauté commune, à sa secte. L'avènement de Commode, son successeur, fut pour les fidèles le signal d'une trêve dont Dion Gassius attribue la cause à l'influence qu'exerçait sur le fils de Marc-Aurèle une femme nommée Marcia*. Pendant l'espace de douze ans, de 180 à 192, le christianisme n'eut à subir que des persécutions accidentelles ou locales. Cet état de choses ne sç modifia guère dous la courte domination de Pertinax et de Didius Julianus. Lorsque, après le meurtre de ce dernier, Septime-Sévère, Pescennius Niger et Clodius Albinus se disputèrent le trône impérial, les troubles politiques que suscitaient ces rivalités détournèrent sur d'autres points l'attention de la magistrature et du peuple païens. L'Église put respirer à son aise, grâce à la diversion opérée par les discordes intestines qui affligeaient l'empire. Il était résen'é au despotisme militaire, inauguré par Septime-Sévère, d'amener une recrudescence de fureur contre une religion qui n'avait pu trouver grâce aux yeux des Antonins. Un nouvel édit, publié en 202, allait