Acta Perpetuœ, ii
Le moment décisif approchait. Perpétue, Félicité et leurs compagnons se trouvaient à la veille du jour où leur sang devait inaugurer la nouvelle dignité du Céâar Géta. Ici vient se placer un épisode qui ajoute à la touchante solennité de ces grandes scènes du martyre chrétien :
« Le jour qui précédait le combat, on leur donna, suivant la coutume, le dernier repas qu'on appelait le repas libre, et qui se faisait en public ; mais les martyrs les convertirait en agape ou repas de charité, autant qu'il était en eux. Ils parlaient au peuple avec leur fermeté ordinaire, le menaçant du jugement de Dieu, relevant le bonheur de leurs souf* frances et raillant la curiosité de ceux qui étaient accourus. Sature disait à ces derniers : Le jour de demain ne vous suffit donc pas pour voir à votre aise ceux que vous haïssez. Aujourd'hui amis, demain ennemis. Cependant faites bien attention à nos visages, afin de nous reconnaître au jour du jugement. En sorte que tous se retirèrent interdits, et qu'il s'en convertit un grand nombre *. »
C'est avec ce calme céleste et cette intrépidité que les martyrs marchaient à la mort. Leur dernier repas était un repas de charité où le Dieu des forts venait se communiquer à ces âmes généreuses pour éloigner d'elles tout sentiment de haine ou de faiblesse. Â ce moment suprême la religion dilatait leurs cœurs par l'espérance d'une vie meilleure, et les adieux du temps perdaient de leur tristesse devant la certitude d'un rendez-vous éternel. En relisant ces jours derniers la page que vous venez d'entendre, je n'ai pu m'empêcher d'en rapprocher un épisode assez récent de notre