‹ Tertullien (volume 3)Chapitre 169 sur 211 · De Oratione,i · texte numérisé non relu

De Oratione,i

les sentiments du cœur. Dieu y est père avant tout, parce que, comme TertuUien le rappelle après saint Jean, le Verbe, en prenant la nature humaine, a donné à tous ceux qui croient en lui le droit de devenir enfanta de Dieu. Cet ineffable abaissement de Dieu vers l'homme, en établissant entre l'homme et Dieu des rapports plus intimes, a produit dans les âmes cette confiance, cet amour filial que le paganisme ne connaissait pas et qui n'était qu'imparfait sous l'ancienne loi. A ce seul trait, on peut mesurer la divine supériorité du christianisme sur tout ce qui le précède dans l'histoire. ' Le prêtre de Garthage ne montre pas moins de pénétration d'esprit lorsqu'il passe de l'invocation aux trois premières demandes de l'Oraison dominiciale. Il observe avec beaucoup de sens que, dans cette formule idéale de la prière chrétienne, les choses du ciel précèdent celles de la terre. L'homme commence par s'effacer derrière la divinité, dont la cause^ l'intéresse plus que la sienne propre : il s'oublie pour songer tout d'abord à la gloire de Dieu, but suprême de la création. Il demandera donc la glorification de Dieu par la sainteté des âmes, l'accomplissement de la volonté et l'avènement du règne de Dieu. Ce n'est qu'après ces vœux généraux et pour .ainsi dire impersonnels, qu'il s'occupera de ses besoins particuliers. Encore les nécessités corporelles n'auront-elles qu'une moindre place dans cet appel fait à la bonté divine. Le pardon des péchés, la préservation du mal et de tout ce qui peut y conduire, voilà ce qu'il sollicite avec le plus d'insistance, se rappelant cette autre parole du Maître: « Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné comme par surcroît. » On ne peut qu'admirer la sagacité avec laquelle TertuUien a saisi le caractère' et

réconomie de la prière du Seigneur. Sans doute il cède trop facilement à son penchant pour le sens figuré, lorsqu'il voit la chair et Tesprit de rhonune dans la terre et dans le ciel où doit s'accomplir la volonté divine ; mais lui-même nous avertit que le texte comporte une interprétation plus litté* raie ^ En outre» lorsqu'il restreint au siècle futur ravène« ment du règne de Dieu, il semble oublier que cette royauté divine doit déjà s'établir et se développer dans le monde actuel. Il contredit même ce qu'il avait avancé dans VApO" logétique, où il affirmait que la prière des chrétiens a pour but de retarder la catastrophe finale, à cause des calamités qui devront raccompagner *. Quoi qu'il en soit, TertuUien embrasse dans toute sa plénitude le sens fécond du texte évangélique, quand il entend par le pain quotidien que demande le fidèle, à côté de Taliment corporel, le Christ qui nourrit l'âme par la foi et par la sainte Eucharistie*. Enfin il prouve une fois de plus la largeur de vues qui le distingue lorsqu'il résume en ces termes l'Oraison dominicale :

« Dans ce peu de paroles, combien d'oracles disséminés chez les prophètes, les apôtres, et dans les Évangiles I que d'instructions du Seigneur! que de paraboles, d'exemples, de préceptes! combien d'obligations exprimées à la fois! Hommage rendu à Dieu par le titre de Père ; témoignage de fbi en glorifiant son nom; marque de soumission en soupirant après l'accomplissement de sa volonté ; acte d'espérance en hâtant de nos vœux l'avènement de son régne; demande de la vie dont le pain est l'aliment ; aveu de nos péchés en

i. De ùraHanêf iv.

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