‹ Tertullien (volume 3)Chapitre 40 sur 211 · im, m · texte numérisé non relu

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monuments de l'apologétique chrétienne, la conclusion diffère du tout au tout. A la vue du désaccord qui règne entre les maîtres de la science sur des questions dont dépend la direction de la vie, Cicéron désespère de pouvoir aiTiver à la certitude. Lui, qui excelle à ruiner les opinions de ses devanciers, avoue franchement son impuissance à rien édifier lui-même, et sa conclusion finale en matière religieuse, c'est qu'il faut savoir douter.

« La diversité et la contrariété même qui se remarquent dans les opinions des plus savants sur la nature des dieux font bien voir que le fondement, le principe de la philosophie, c'est d'ignorer ; et par conséquent que les académiciens ont eu raison de suspendre leur jugement dans des choses incertaines... Ce n'est pas que nous prétendions qu'il n'y ait Tien de vrai. Nous disons seulement que le faux est mêlé partout de telle façon avec le vrai, et lui ressemble si fort, qu'il n'y a point de marque certaine pour les distinguer sûrement. Nous ajoutons qu'il y a beaucoup de choses probables et qu'au défaut de l'évidence une grande probabilité doit régler la vie du sage.... Quand on considère combien les hommes les plus doctes ont été partagés sur la question des dieux immortels, il y a certes de quoi faire douter ceux-là mêmes qui se piquent d'avoir trouvé là-dessus quelque chose de certain... J'en ai fait souvent la remarque, il ne m'est pas aussi facile de trouver les raisons qui établissent le vrai, que celles qui combattent le faux. Demandez-moi quelle est positivement ma pensée sur la nature des dieux, peut-être vous laisserai-je sans réponse. Que vous me demandiez au contraire si je me rencontre là-dessus avec vous, mon parti sera pris à l'instant même pour la négative... Ne l'oubliez pas, sur

CRITÎQDE DU POLYTHEISME. 85

ces sortes de matières principalement, il m'est plus aisé d'attaquer l'opinion d'autrui que de fixer la mienne *. »

Voilà dans quelle situation d'esprit se trouvait Gicéron en présence du désaccord qui régnait parmi les philosophes de l'antiquité sur le point fondamental de la religion. S'il ne va pas jusqu'au scepticisme complet, il s'arrête à un état d'indécision qui n'est guère préférable. Quelle différence. Messieurs, entre ces opinions vagues, flottantes, et la fermeté de convictions que montrent les apologistes chrétiens ! TertuUien n'attaque pas avec moins de force que Gicéron les systèmes contradictoires de ces prétendus maîtres de la sagesse; mais il se garde bien de conclure avec lui qu'on ne peut arriver à la certitude sur des questions ou il y va de tout Phomme, des devoirs de sa vie présente comme de ses destinées futures. En place du doute qui est le dernier mot du traité Sur la Nature des dieuXy l'auteur di^ Discours aux nations met une connaissance certaine, appuyée sur la double autorité de la raison et de la foi. Il n'agit pas à la façon du critique païen qui se fait un malin plaisir de mettre à nu la faiblesse des systèmes d'autrui, sans rien affirmer de meilleur pour son compte. S'il démolit à son tour les fragiles constructions de la sagesse humaine, c'est uniquement pour y substituer le majestueux édifice de la vérité divine. Voilà le trait qui sépare entre elles l'argumentation de TertuUien et la critique de Gicéron. Mais, à part cette différence qui est capitale, l'orateur romain s'accorde avec le prêtre de Garthage sur la valeur des théories philosophiques du vieux monde. Gette ressemblance éclate encore davantage dans l'appréciation

\. De Nal. dearum, i, l, ri, G, 21 : rr, 1.

gê LES DEUX LIVRES AUX NATIONS.

de la mythologie poétique et des superstitions populaires. Après avoir montré que les philosophes» en divinisant les éléments de la nature^ n'ont fait qu'entasser erreurs sur erreurs, Tapologiste africain s'attache à prouver que les divinités imaginées par les poètes ou adoptées par les différents peuples ne méritent pas l'attention d'un esprit sérieux. Ce sont des hommes qui ont vécu sur la terre à divises époques de l'histoire, et auxquels une vaine complaisance a attribué le caractère de la divinité» Encore ne sont-ce pas les plus vertueux qui ont été jugés dignes de cet honneur, mais on dirait que le paganisme tenait à choisir pour objet de son culte tout ce qu'il y a eu de plus dépravé parmi les mortels. Vous concevez facilement. Messieurs, à quelle sanglante ironie prétait un pareil thèmes TertUllien, que la pente naturelle de son esprit portait vers la satire, trouvait là une ample matière à sa verve railleuse S C'est pour les dieux spécialement adoptés par les Romains qu'il réserve ses traits les plus nu)]*dants. La moitié de son discours est oonsacrée à 'la critique des superstitions de k capitale du monde. Gomme il suit pas à pas l'écrit de Varron, dont le t^oignage était irrécusable, nous rencontrons dans eette relation caustique des détails qu'on ehôrcherait vainement ailleurs. On peut juger par cette âèmënclature de divinités plu» étranges les unes que les mites^ à quel degré d'ahètitsement était arrivé l'esprit religieux des anciens Romains^. Pas d^aete de la vie^ de fonction coi*poi*elle, pas de maladie même qui n^ÊÙt son Dieu ; et ces protlk^teurs chimériques avai^>t des noms tels (|ue Consevius, Fkviâfua^ Vituma«s> Seatinus, Diespiter, CandelifeTa^Prorsa,

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