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l'usage; mais au fond qui croyez-vous assez fou pour se persuader que sa nourriture est un dieu ? Quant à ceux qui, de simples hommes, sont parvenus, dites-vous, à être dieux, vous me feriez plaisir de m'apprendre comment la chose a pu se faire autrefois, ou pourquoi elle ne se fait plus aujourd'hui. . . L'erreur a tellement prévalu que, non content d'accorder un titre de divinité à des choses pernicieuses, on leur offre même des sacrifices. Car la Fièvre a un temple sur le mont Palatin : Orbona en a un qui touche à celui des Lares ; et nous voyons sur le mont Esquilin un autel dédié à la mauvaise Fortune. Que toute erreur pareille demeure donc bannie de la philosophie, si nous voulons, dans nos entretiens sur les dieux immortels, ne rien avancer qui soit indigne d'eux. Je sais pour ma part ce que j'en dois croire, et ce n'est rien de tout ce que vous en dites. Vous prenez Neptune pour une intelligence répandue dans la mer. Vous avez, par rapport à la terre, la même opinion de Cérès. Or je ne saurais ni concevoir ce que c'est que cette intelligence de la mer ou de la terre, ni même soupçonner ce que cela pourrait être *. »
Tout le troisième livre du traité de Cicéron est sur ce ton. Certes, les apologistes chrétiens ne pensaient pas autrement, et il leur eût été difficile de mieux dire. On croirait lire une page de TertuUien ou de Lactance, et je comprends le déplaisir que causait aux païens cette attaque dirigée contre leurs dieux par un Romain, un augure, un pontife. Aussi nous apprenons d'Arnobe qu'une demande fut adressée au sénat pour faire supprimer par un arrêt solennel quelques livres de Cicéron, conmie étant favorables à la religion chrétienne et propres à