Apolog,, viih
Aux yeux de Tertullien, la justification des chrétiens est complète, du moment qu'ils parviennent à établir la fausseté du polythéisme : toute la question porte sur ce point capital. C'est pourquoi il se hâte de fournir cette preuve qu'il développe comme dans les deux discours aux nations*.
Les magistrats de l'empire n'admettaient pas cette manière de procéder. Pour eux, la question de légalité dominait toute discussion de doctrines qu'elle rendait inutile. Partant du principe païen, que l'État est omnipotent en matière religieuse, ils n'avaient aucune idée des droits de la conscience individuelle. Aussi se contentaient-ils d'opposer une fin de non-recevoir aux apologistes qui demandaient instamment qu'on les admît à fournir la preuve de la vérité du christianisme et de la fausseté des cultes polythéistes. Dès l'instant que la loi civile proscrivait l'exercice de la religion chrétienne, tout examen ultérieur leur paraissait superflu ; ils laissaient là le raisonnement pour s'emparer du glaive. Tertullien proteste vivement contre ce despotisme légal qui prend une volonté arbitraire pour la mesure du droit :
« Mais, comme à la vérité dont nous sommes l'organe et qui répond à chaque objection, on oppose en fin de compte l'autorité des lois, après lesquelles, dites-vous, l'examen est interdit, et dont les dispositions dominent tout argument, commençons par discuter ce qui regarde les lois, puisque vous en êtes les défenseurs. Et d'abord, c'est un arrêt bien dur que vous rendez, lorsque vous nous dites : «Il ne vous est « pas permis d'être. » Quand vous le prononcez sans aucune modification qui l'adoucisse, vous faites profession publique