‹ Tertullien (volume 3)Chapitre 52 sur 211 · Apolog., IV · texte numérisé non relu

Apolog., IV

2. IWd., X. « Chrîstiani puniendi, si quoâ non colerent, quia putarent non edde, constaret lUos deos esse. »

loi l/APOLOGKTlQtE.

effet ce que vous croyez, et que la religion chrétienne, au lieu d'être un bien, fût un mal, vos lois auraient le droit de nous proscrire. « L'assemblée des chrétiens serait à juste titre regardée comme illicite, si elle avait quelque ressemblance avec celles que l'on doit condamner, si on pouvait lui adresser les mêmes reproches qu'aux factions*. » Mais parce que nous n^enseignons ni erreur ni vice, vos mesures de répression sont iniques. Bref, c'est de la vérité que Tertullien déduit le droit qu'a la religion de n'être pas entravée dans son développement par les lois civiles. Cette argumentation, que nous avons également rencontrée chez les autres apologistes, n'a donc rien de commun avec un système moderne d'après lequel on devrait, toujours et partout, laisser à l'erreur le même droit de parler et d'agir qu'à la vérité, sous prétexte que le triomphe de celle-ci n'en est que plus assuré par cette liberté d'opinions absolue et illimitée.

L'apologiste africain ne s'accorde pas moins avec ses devanciers lorsqu'il réclame pour les chrétiens le bénéfice de ce qu'Athénagore appelait le droit commun. Du moment que le système de prohibition si longtemps en vigueur dans Tancienne Rome eut fait place au libre échange de toutes les divinités du monde, il n'y avait pas de raison, ce semble, pour que le christianisme fût exclu de cette tolérance universelle. C'était un deuxième argument que ses défenseurs ne manquaient jamais de produire en sa faveur. Tertullien le présente avec autant de force que de clarté.

« Permettez à l'un d'adorer le vrai Dieu, à l'autre d'adorer Jupiter; à celui-ci de lever ses mains suppliantes vers le ciel,

1* Apolog,^ XXXIX. « Hœc coitio cliristiahdrmii merilo sane illicita, si iilioitis pari merito damnanda, si iiou dissiuiilis damnandis* »

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à celui-là d'étendre les siennes vers l'autel de la foi ; à tel de compter les nuages en priant, comme vous dites ; à tel autre de compter les panneaux d'un lambris ; au premier d'offrir à son Dieu sa propre vie en sacrifice, au second d'offrir celle d'un bouc. Prenez-y garde, c'est autoriser l'irréligion, que d'ôter la liberté de la religion et d'interdire le choix de la ^divinité, de ne pas me permettre d'adorer qui je veux, pour me contraindre d'adorer qui je ne veux pas. OU est le Dieu (jui aime les hommages forcés ? Un homme lui-même en voudrait-il ? Aussi vous permettez aux Égyptiens de se livrer en toute liberté à l'extravagance de leurs superstitions, d'inscrire au rang des dieux les oiseaux et les bêtes, de punir de mort quiconque a tué l'un de ces dieux. Chaque ville, chaque province a sa divinité particulière : la Syrie Atagafte^ l'Arabie Dysarès, ]e Norique Bélénus, l'Afrique sa déesse Céleste, la Mauritanie ses rois. Je crois n'avoir nommé que des provinces i*omaines, et pourtant leurs dieux ne sont pas ceux des Romains, îls sont tout aussi étrangers à Rome que les divinités consacrées par les municipes de l'Italie, Delventinus âCàSsin, Visidianus à Nami... A nous seuls il est défendu d'avoîi* une religion en propre. Nous outrageons les Romains, nous ces* sons d'être Romains, parce que notre Dieu n'est pas adoré des Romains. Toutefois, que vous le vouliez ou non, notre Dieu est le Dieu de tous les hommes ; l'univers lui appartient. Mais chez vous on est libre de tout adorer, hors le vrai DieUj comme s'il n'était pas juste que le Dieu de qui nous dépendons chacun fût adoré ^ »

1. Apolog,, XXIV. « Apud vos qiiodvis colore jus est, prœter verum Deum. » On connaît la traduction de Bossuet : « Tout était Dieu, excepté Dieu même. >» (D'sc. $ur Vhist. uniVé, n, 3.)

Cet argument ad hominem se réduisait à dire: donnez^ nous la liberté que vous accordez à tout le monde, appliqueznous le droit commun. Il ne fallait rien moins qu'un entêtement aveugle et une partialité révoltante pour se refuser à révidence d'un raisonnement si net et si concluant. Abstraction faite de la divinité du christianisme, Péquité la moins stricte demandait encore qu'on, iit droit à une réclamation si bien fondée, et qu'en permettant aux Égyptiens d'adorer des poireaux, on tolérât également une religion qui se recommandait à première vue par un spiritualisme élevé. Vous avez remarqué sans doute avec quelle vigueur TertuUien repousse la contrainte qu'employait la magistrature romaine pour déterminer les chrétiens à sacrilSer aux idoles. Un peu plus loin, il revient sur le même sujet pour s'exprimer en termes encore plus énergiques.

« Mais puisque forcer des hommes libres à sacrifier malgré eux est une injustice criante, attendu que tout acte religieux doit être volontaire, quoi de plus inepte que de vouloir contraindre un homme à honorer des dieux qu'il aurait tout intérêt à se rendre favorables s'il les reconnaissait ? N'a-t-il pas le droit de vous répondre au nom de sa liberté : « Je ne veux « pas, moi, des bonnes grâces de Jupiter. De quoi vous mê- « lez-vous? Que Janus s'irrite contre moi, qu'il me montre « tel visage qu'il voudra, peu vous importe ! » *

Enfin, Messieurs, pour vous faire connaître toute la pensée de TertuUien sur ce point, permettez-moi de citer un passage de la lettre au proconsul Scapula, où le prêtre de Carthage, reprenant la thèse soutenue quelques années auparavant dans

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