‹ Tertullien (volume 3)Chapitre 53 sur 211 · Apolog., xtvtd · texte numérisé non relu

Apolog., xtvtd

LA LIBERTK DK CONSCIKNCK. 105

V Apologétique, formule de nouveau son sentiment sur la contrainte en matière religieuse.

« Il est de droit humain que chacun adore ce qu'il juge à propos, comme d'ailleurs c'est un pouvoir qu'il tient de la nature; la religion de l'un ne nuit ni ne profite à celle de l'autre. Il est contraire à la religion de contraindre à la religion, qui doit être embrassée volontairement, non par force. Tout sacrifice demande à être fait de bon cœur. Ainsi, quand même vous nous forceriez de sacrifier à vos dieux, il ne leur en reviendrait aucun honneur ; ils ne peuvent se plaire à des sacrifices qu'on leur offre malgré soi, à moins qu'ils n'aiment la violence. Or, un Dieu n'aime pas la violence *. »

On ne saurait mieux flétrir la conduite des païens qui voulaient contraindre les fidèles à brûler de l'encens devant des idoles dont ceux-ci proclamaient l'inanité. Quant au principe général que pose Tertullien, il est incontestable. Un acte religieux n'a de valeur morale qu'autant qu'il est l'expression d'une conviction intérieure; et l'on ne saurait forcer un homme d'agir contre sa conscience sans l'exposer à faire un acte d'hypocrisie dont il résulterait aussi peu d'honneur pour la Divinité que de profit pour Tàme. L'hommage que nous devons à Dieu a besoin d'être volontaire et libre pour rester à la fois digne de celui qui le reçoit et de celui qui le rend. C'est pourquoi les armes de la persuasion sont les seules dont la vérité ait le droit de faire usage pour convertir les âmes; j'ajouterai même qu'il lui serait impossible d'en employer d'autres dans ce but, et que par le fait elle n'a jamais songé à obtenir l'assentiment des esprits sinon par l'influence de la

Page 1