Lettre d Seapula, ii
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parole et de l'exemple; car il serait absurde de vouloir emporter l'adhésion de Tintelligence à une doctrine autrement que par des motifs ou des raisons. Vous auriez beau fustiger un homme jusqu'au sang pour lui faire accroire une chose; il se hâtera de vous dire qu'il y croit pour mettre fin à l'opération, mais il n en sera pas plus convaincu intérieurement, si voiis ne lui donnez aucune preuve. Il ne saurait donc y avoir le moindre doute à cet égard : la vérité^ qui est d'un ordre spirituel, s'adressant également à des esprits, n'a pas, ni ne saurait avoir, ni ne pourrait songer à revendiquer d'autres armes que celles de la persuasion; pas plus qu'on ne pourrait se servir de bateaux à vapeur pour aller à pied ou de chemins de fer pour naviguer. Mais, cela posé, les paroles de TertuUien demandent une explication, afin que toute équivoque disparaisse et qu'on ne soit pas tenté de prêter à l'apologiste des opinions que démentent tous ses écrits.
En déclarant que chaque homme a le droit d'adorer ce qu'il juge à propos, TertuUien n'a pu vouloir dire que toutes les religions soient également bonnes, ni que l'on ne commette pas de faute en préférant l'erreur à la vérité. Cette maxime, qui consacre l'indififérence en matière religieuse, ne saurait être imputée à un homme dont la vie entière s'est passée à démontrer que le christianisme est la seule religion véritable, et que l'on encourt la damnation éternelle pour avoir fermé les yeux volontairement à Tévidence de ses preuves. Sous ce rapport, Thomme n'a qu'un droit comme il n'a qu'un devoir, celui d'embrasser la vérité qui se présente à lui avec des caractères propres à la faire reconnaître et distinguer de l'erreur. Nous avons bien le pouvoir, ou si vous le voulez, la acuité de professer une religion fausse, comme nous avons la
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faculté de mentir, de voler, d'assassiner même ; mais le droit, jamais. C'est parce qu'on perd de vue cette distinction élémentaire entre le droit et la faculté de faire une chose, que la question de la liberté de conscienœ donne lieu à tant de divagations et de malentendus. L'homme n'a pas plus le droit d'admettre Terreur que de commettre le mal; mais, encore une fois, il en a le pouvoir, naturalis potestas, comme le dit très bien TertuUien, par le fait même que nous sommes doués du libre arbitre. Voilà donc un premier sens qu'il faut écarter des passages que nous discutons : le prêtre de Carthage ne prétend nullement qu'il soit indifférent pour l'homme, pour ses destinées éternelles, d'adorer Jupiter ou le vrai Dieu ; au contraire, il s'attache continuellement à démontrer aux païens qu'ils se ferment la voie du salut en rejetant de mauvaise foi la seule religion véritable, celle du Christ. La proposition se restreint à la liberté extérieure dont l'homme doit jouir au milieu de ses semblables dans la profession de son culte: c'est ce que l'auteur appelle un droit humain, ;t«^ humanum.
Mais encore, Messieurs, ce droit humain lui-même doit-il être expliqué d'après les développements que TertuUien donne à sa pensée dans tout le cours de ses écrits. Et d'abord, la distinction que nous venons d'établir entre le droit et la faculté de faire une chose revient ici tout entière. Comme il no saurait y avoir de droit contre le droit, les hommes ne peuvent pas nous conférer le droit d'enseigner ou de professer l'erreur, non plus que celui de commettre le mal : dans ce cas, le mot droit équivaut de rechef à celui de faculté, de pouvoir, de licence, etc. Les lois humaines peuvent bien tolérer ce que Dieu réprouve, mais non pas créer le droit de le
faire. Admettons néanmoins le mot qu'emploie TertuUien, quoiqu'il prête à l'équivoque, toujours est-il que l'apologiste n'accepte pas sans réserve cette liberté extérieure dont l'homme doit jouir dans l'exercice d'un culte quelconque. Nous l'avons entendu tout à l'heure opposer aux païens ce raisonnement : si le christianisme était un mal et que vos dieux fussent réellement ce que vous pensez, vous auriez le droit de nous proscrire; mais comme nous vous prouvons le contraire par des arguments auxquels il vous est impossible de répondre, vos mesures préventives sont iniques. En d'autres termes, si vous professiez la vérité et nous l'erreur, nous ne nous plaindrions pas ; mais parce que c'est précisément l'inverse, vous violez toutes les lois de la justice en sévissant contre nous. Voilà pourquoi la démonstration de la vérité du christianisme et de la fausseté des doctrines polythéistes forme le point capital de son apologie. Évidemment Tertullien n'impose pas à la vérité le devoir de tolérer toujours et partout l'erreur à côté d'elle : il reconnaît qu'il peut y avoir des cas où cette tolérance doit se renfermer dans certaines limites; bref, il n'admet pas la liberté des cultes dans un sens absolu et illimité. Or, ces restrictions suffisent pleinement pour justifier en principe la conduite qu*ont tenue les États catholiques au moyen âge dans la répression des hérésies.
Certes, l'éloquent écrivain a parfaitement raison de dire que tout sacrifice demande à être fait de bon cœur, que la religion, étant une affaire de conscience, doit être embrassée volontairement et non par la force, partant que la vérité n'a d'autres armes pour pénétrer dans les cœurs que celles de la persuasion. Mais autre chose est de contraindre quelqu'un à