‹ Tertullien (volume 3)Chapitre 81 sur 211 · Apolog., xxxvii · texte numérisé non relu

Apolog., xxxvii

2. Cinquième avertisBement aux protestants, Édit. de Versailles, t. XXI, p. 315 et suiv.

Réforme. Tandis que d'un côté il est impossible de surprendre la moindre trace d'une sédition, de l'autre on ne trouve partout que complots, ligues, soulèvements à main armée contre les souverains légitimes. Ce contraste ne laissait pas que d'être embarrassant pour des hommes qui affichaient la prétention de faire revivre les principes du christianisme oubliés jusqu'à eux. Afin d'éluder une condamnation si éclatante de leur propre conduite, il n'est pas de subterfuge auquel n'eussent recours les nouveaux docteurs. Tantôt ils disaient, pour se justifier eux-mêmes, que les premiers chrétiens> en ne prenant pas les armes contre leurs persécuteursi avaient suivi un simple conseil de perfection, mais que rien ne les obligeait en conscience à ne pas se révolter; tantôt, que la patience des pi^emiers chrétiens était fondée sul* leur impuissance, tandis que^ s'ils avaient été plus nombreux^ ils auraient eu le droit de résistei* à main armée. C'est ainsi qiie Buchanan et après lui Jui*ieu interprétaient les paroles des apologistes et les sentiments des martyrs. Voici comment fiossuet répondait à la première de ces deux gloses. Après avoir établi que Jésus-Christ et les apôti^es n'enseignent pas la soumission aux princes comme une chose dé simple conseil ou de perfection seulement, maïs comme une obligâtidil stricte et rigoureuse, il commente en ces termes le passage de Tertullien que je viens de vouS lire î

« Les chrétiens avaient reçu ces instructions comme dei commandements exprès de Jésus-Christ et de ses apôtres ; et c'est pourquoi ils disaient aux persécuteurs, par la bouche de Tertullien, dans la plus sainte et la plus docte apologie qu'ils leur aient jamais présentée, non pas, on ne nous a pas conseillé de nous soulever, mais, cela nous est défendu.

vetamur ; ni, c'est une chose de perfection, mais c'est une chose de précepte, prœceptum est nobis ; ni, que c'est bien fait de servir l'empereur, mais que c'est une cho3e due, débita imperatoribus, et due encore, comme on a vu, à titre de religion et de piété, pietas et religio im^ peratoribtcs debitœ ; ni, qu'il est bon d'aimer le prince, mais que c'est une obligation et qu'on ne peut s'en empêcher, à moins de cesser en même temps d'aimer Dieu qui Ta établi, necesse est ut et ipsum diligat. C'est pourquoi on n'a rien fait et on n'a rien dit, durant trois cents ans, qui fit craindre la moindre chose ou à l'empire et à la personne des empereurs, ou à leur famille ; et Tertullien disait, comme on a vu, non seulement que l'État n'avait rien à craindre des chrétiens ; mais que, par la constitution du christianisme, il ne pouvait arriver de ce côté-là aucun sujet de crainte : a quibm nihil timere possitis ; parce qu'ils sont d'une religion qui ne leur permet pas de [se venger des particuliers, et à plus forte raison de se soulever contre la puissance publique *. »

Voilà les vrais sentiments qui animaient l'Église primitive. Malgré l'oppression inique sous laquelle gémissaient ses membres, elle leur faisait un devoir de persévérer dans leur fidélité envers le prince. Elle les exhortait bien par tous ses organes à ne jamais céder sur le terrain de la conscience, parce que dans un conflit pareil entre la loi humaine et la loi divine il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes ; mais, d'autre part, elle rejetait comme un crime la pensée même d'un soulèvement contre le pouvoir civil dans les choses de

. 1. Cinquième avertissement aux protestants ^ p. 343 et 344.

l'ordre temporel. C'est pourquoi les apologistes ne cessaient de recommander « la piété, la foi, la religion envers la seconde majesté, envers l'empereur que Dieu a établi et qui en exerce la puissance sur la terre *». En un mot, TÉglise primitive prêchait la doctrine de la résistance passive, laquelle consiste dans le refus net et péremptoire de se prêter à des actes que la conscience réprouve ; mais elle leur défendait expressément de se révolter contre l'autorité, sous prétexte de venger leur foi persécutée parce qu'elle se souvenait de ces paroles de saiùt Pierre, « qu'il faut être soumis à ses maîtres même fâcheux, etiam discolis ^. » Pour justifier l'insurrection des protestants contre leurs souverains légitimes, Buchanan et Jurieu prétendaient que Tunique cause qui empêchait les premiers chrétiens de se révolter, c'est qu'ils ne se trouvaient pas en nombre suffisant. De cette manière, Théroïque patience des martyrs n'aurait été que l'effet d'une prudence charnelle, le résultat de leur timidité plutôt qu'un acte de vertu. Mais d'abord, le fait sur lequel repose cette explication est matériellement faux. Nous avons entendu de la bouche de TertuUien que le nombre des chrétiens était assez considérable pour leur permettre de se défendre s'ils s'étaient crus eu droit de le faire. Dans sa lettre à Scapula, proconsul d'Afrique, il ira jusqu'à dire que les fidèles formaient presque la majorité dans chaque ville '\ On cx)ncevrait difficilement (fue l'apologiste se fût permis sans fondement une affirmation dont il aurait été si aisé de démontrer l'inexactitude. Si l'expression de TertuUien parait

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