‹ Tertullien (volume 3)Chapitre 86 sur 211 · ACCORD DE LA RAISON AVKC LA FOI · texte numérisé non relu

ACCORD DE LA RAISON AVKC LA FOI

demande, non pas ce qu'Aristote, Platon ou Zenon ont appris à leurs disciples, mais ce que la nature dicte à chacun, ce qui est l'expression du bon sens. Il perce l'enveloppe dont l'éducation païenne recouvrait les âmes pour arriver jusqu'au for intime oii Dieu parle à l'homme et où la conscience prononce ses arrêts. C'est là qu'il cherche le point d'appui des croyances chrétiennes, le lien qui unit la raison à la foi. Cette analyse psychologique prouve sans contredit l'esprit d'observation de Tertullien et sa grande sagacité. Voici comment il applique sa méthode à la démonstration du dogme de l'unité de Dieu :

« On ne veut pas nous écouter quand nous prêchons un Dieu unique, de qui tout vient, sous qui tout subsiste. Eh bien, parle, ô àme : n'est-ce point là ta croyance à toi-même? Combien de fois, en effet, publiquement et avec cette liberté qu'on nous refuse, ne t'avons-nous pas entendue t'écrier, soit à la maison, soit au dehors, « s'il plaît à Dieu, si Dieu « le veut ainsi ! » Par ces paroles, tu proclames un Être souverain, tu reconnais la toute-puissance de Celui devant la volonté de qui tu t'inclines; au contraire, en appelant par leurs noms Saturne, Jupiter, Mars, Minerve, tu nies l'existence de ces dieux ; tu établis l'unité de Celui que tu te contentes d'appeler Dieu, de sorte que, lorsqu'il t'arrive de nommer les autres dieux, tu semblés n'avoir employé ce mot que comme une monnaie étrangère ou d'emprunt. La nature du Dieu que nous prêchons ne t'échappe pas davantage: « Dieu est bon. Dieu est bienfaisant! » voilà ton cri. « Mais « l'homme est méchant, » ajoutes-tu aussitôt ; c'est-à-dire que, par une proposition contraire et sous une forme indirecte, tu reproches à l'homme de devenir méchant dès 1 ins-

m ÏKAITÉ DU TÉMOIGNAGE DE L'AME.

tant qu'il s'éloigne du Dieu bon. Ce mot, « que Dieu vous « bénisse », ce mot qui, chez le Dieu de toute bonté et de toute miséricorde, comprend toutes les bénédictions, formule auguste de notre discipline et de nos actes, tu le prononces aussi volontiers qu'il est nécessaire à un chrétien. Alors même que tu convertis la bénédiction en malédiction, en proférant le mot Dieu, tu témoignes encore avec nous que sa toutepuissance s'exerce sur tout le monde ^ »

Ainsi, le témoignage que TertuUien demande à Tâme humaine ne se restreint pas à l'existence d'un Dieu unique, mais s'étend jusqu'aux attributs divins. Polythéistes, par suite de l'éducation qu'ils ont reçue, les païens expriment malgré eux la vérité qui s'échappe du fond de leur cœur comme un cri de la nature. L'apologiste trouve un hommage involontaire rendu à la justice de Dieu dans ces locutions familières: « Dieu le voit; je remets cette affaire à Dieu; Dieu me le rendra; que Dieu décide entre nousl » Il n'hésite même pas à tirer de ce langage usuel des conclusions encore plus larges. Quand, pour exprimer d'un seul mot toute l'hor^ reur qui les saisit, les païens appellent démon un homme souillé de crimes, ne reconnaissent-ils pas par là Texistence des anges rebelles ? N'est-ce pas affirmer la survivance de l'âme au corps et même la résurrection future que de charger la mémoii*e des morts de malédictions ou de leur souhaiter la paix et le bonheur? Ce désir inné à l'homme de prolonger son souvenir dans l'esprit de ses semblables ne prouve-t-il pas que l'âme aspire invinciblement à une vie sans fin ? Et qu^on ne dise pas que l'enseignement des écoles a répandu

li De Teitimonio animœ^ II.

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