‹ Tertullien (volume 4)Chapitre 11 sur 223 · Epist., 136, n · texte numérisé non relu

Epist., 136, n

A h ÉPOQUE DE TERTULLIEN. 21

laissé s'amasser la rouille du temps. Mais, si la langue latine n'a plus, au ii'^ siècle, cette régularité de formes qui la distinguait sous le règne d'Auguste, le souffle de l'inspiration chrétienne saura lui rendre ce qui est plus encore que la correction grammaticale, l'originalité et la vie. Un écrivain puissant va s'emparer d'elle, et, non moins hardi qu'Apulée, il la frappera au coin de la doctrine chrétienne. Toute dure qu'elle est, il la ploiera au gré de sa volonté, il l'assouplira pour lui faire redire un dogme nouveau. Sans rien perdre de l'énergie et de la majesté qui lui sont propres, l'idiome latin retrouvera, sous la plume de cet esprit créateur, une grâce et une flexibilité merveilleuses. Ce ne sera plus, si vous le voulez, le style harmonieux et cadencé de Cicéron, ni même la mâle simplicité de Démosthènes ; mais, si l'éloquence est avant tout dans la grandeur des pensées, dans la force du raisonnement, dans l'éclat des images, dans la vivacité du trait, dans le mouvement et la chaleur de l'âme, la parole de cet homme extraordinaire laisse loin derrière elle tout ce que la Grèce et Rome païenne ont produit de plus beau et de plus achevé. Cet homme qui vient marquer sa place en tête des écrivains de l'Église d'Afrique, c'est Tertullien. Nous nous occuperons de lui dans notre prochaine leçon.

ORIGINES DE l'ÉGLISE d'aFRIQUE.

DEUXIÈME LEÇCN

Origines de l'Église d'Afrique. — Son antiquité ; sa f.Iiation quaut à l'Eglise de Rome. — État florissant du christianisme dans cette partie à.3 l'empire vers la fin du lie siècle.— Premières années de Tertullien; son éducation et ses études.

— Son traité sur les inconvénients du mariage. — llotirs de sa conversion au christianisme. — Sa carrière théologique et littéraire. — Division de ses écrits.

— Situation de l'Église en général, et de l'Égîlse d'Afrique en particulier, au moment où Tertullien s'annonce comme apologiste ie la religion, chrétienne.

— Premiers martyrs de l'Église d'Afrique. — Agrippinus, évéque de CartLage.

— Voyage et séjour de Tertullien à Rome. — Son élévation au sacerdoco et ses premiers travaux pour la défense ce la religion chrétienne.

Messieurs ,

Les origines de l'Église :!'/.rriaue sent envelopifées de ténèbres qu'il est impossible de dissiper en'dèrement. Tandis que Baronius an attribiie la fondation à saint Pierre lui-même, les Grecs la rapportent à rapôt^e saint Simon surnommé le Ghananéen dans TÉvangile de saint LTatthieu et Zélotès dans celui de saint Lr.c: n:ais l'ouinion du savaut cardinal m.e naraît to.it anssi peu plausible crue le sentiment de Nicénhore Ga^-lis"e et du ménologe de saint Basile. Ges conjectures s'évanouissent devant les preuves contraires qui résultent des écrits de Tertullien et de saint Augustin. Quand l'auteur du Traité des Prescriptions énumère les églises fondées par les apôtres, pour opposer leur témoignage aux hérétiques de son temps, au lieu de comprendre dans sa liste l'Église de Carthage, il ajouts : « Êtes- vous près d3 l'Italie, vous avez là Rome,

2h OIUGINES

à Tautorité de laquelle nous aussi nous sommes à portée de recourir ^ » Certes, s'il avait admis l'origine apostolique de l'Eglise de Carthage, il n'eût pas manqué de faire valoir cette prérogative contre les sectaires de l'Afrique. De même, lorsque le donatiste Pétilien affirme que la conversion des Africains à l'Evangile a été tardive, saint Augustin se contente de lui répondre « qu'il est des nations barbares qui ont reçu la foi chrétienne longtemps après l'Afrique, partant que celle-ci n'a pas été la dernière à écouter la parole de Dieu-. » Si saint Pierre ou saint Simon avait réellement évangélisé cette contrée, nul doute que Févêque d'IIippone ne se fût empressé d'alléguer un fait qui tranchait la question. Il ne me paraît donc pas vraisemblable que l'Église d'Afrique ait été fondée par l'un des disciples immédiats de Jésus- Christ \

Cela posé , deux points me semblent assez bien démontrés touchant les origines de l'Église d'Afrique : d'une part, son antiquité relative, de l'autre, sa fdiation quant à l'Eglise de Rome. Dans cette grande représentation des peuples de la terre que Dieu avait appelés à Jérusalem pour y être témoins de la promulgation solennelle de l'Évangile le jour de la Pentecôte, saint Luc signale des habitants de la Libye. En retournant dans leur pays, ces hommes, encore tout frappés des merveilles de la prédi-

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