‹ Tertullien (volume 4)Chapitre 122 sur 223 · De Corona mil., ii · texte numérisé non relu

De Corona mil., ii

l'examen, et ne servent qu'à montrer à quel point les préoccupations d'une lutte ardente peuvent faire oublier à un homme de génie les règles les plus élémentaires du bon sens et de la logique.

Tertullien est plus heureux sur le terrain de la tradition. Il pose à cet égard d'excellents principes, mais il en fait une fausse application au cas particulier qu'il discute. Pour prouver k ses adversaires que l'usage des couronnes est illicite, le prêtre de Carthage leur rappelle qu'il est des lois non écrites auxquelles un chrétien doit se soumettre aussi bien qu'aux prescriptions de l'Écriture. Ce passage est l'un des plus remarquables qu'on puisse trouver dans la littérature des premiers siècles de l'Église.

(( Il y a bien des institutions, dit-il, que nous maintenons sans pouvoir alléguer en leur faveur aucun texte de l'Écriture, à titre seul de tradition, et sur l'autorité de la coutume. Pour commencer par le baptême, un peu avant de descendre dans l'eau, et à l'église même, nous jurons, sous la main du pontife, que nous renonçons à Satan, à ses pompes et à ses anges ; ensuite nous sommes plongés trois fois, répondant quelque chose de plus que le Seigneur n'a déterminé dans l'Évangile. Au sortir de là, nous goûtons d'avance la concorde du lait et du miel: à dater de ce jour, nous nous abstenons du bain quotidien toute une semaine. Nous recevons le sacrement de l'Eucharistie dans des assemblées qui ont lieu avant le jour, et seulement de la main de ceux qui président, quoique le Seigneur l'ait confié à tous et à l'heure du repas. Nous faisons annuellement des oblations pour les défunts et à la fête natale des martvrs. Nous resrardons

comme inconvenant de jeûner et de prier à genoux le jour du Seigneur. Nous jouissons de la même immunité depuis le jour de Pâques jusqu'à la Pentecôte. Que quelque chose de notre calice ou de notre pain tombe à terre, nous le souffrons avec douleur. S'agit- il d'aller et de venir, de sortir ou d'entrer, de nous habiller, de nous chausser, de descendre au bain, de prendre place à table, d'allumer les flambeaux , de nous asseoir, d'entrer au lit, quelque acte enfin que nous fassions, nous marquons notre front du signe de la croix. Demande-moi un témoignage des Écritures en faveur de ces institutions et d'autres seml)lables, tu n'en trouveras aucun. Mais on te montrera la tradition qui les fonde, la coutume qui les confirme, la foi qui les observe ^ »

Nous retrouvons ici le prêtre de Garthage dans tout l'éclat de son talent , dégagé des nuages que la passion répand quelquefois sur son esprit naturellement si net et si positif. S'il avait eu à réfuter le système protestant, il n'aurait pu affirmer avec plus de force l'autorité de la tradition à côté et en dehors de l'Écriture sainte. C'est en vain que , pour éluder le sens de ce passage , le docteur Néander a voulu y retrouver l'influence du montanisme-. Avant tout, le professeur de Berlin aurait dû nous apprendre comment, entre autres points, ses coreligionnaires par\dennent à justifier, sans le secours de la tradition, la célébration du dimanche à la place du sabbat, tandis que l'Écriture sainte ne contient pas un mot sur ce qui n'est rien moins qu'une dérogation formelle à une loi

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