‹ Tertullien (volume 4)Chapitre 123 sur 223 · De Coronamil., m, iv · texte numérisé non relu

De Coronamil., m, iv

L'. Antignostikus, Geist des Tertullians, Berlin, 1840, p. 07.

divine. Mais, pour m'en tenir à l'observation qu'il foit dans le but d'affaiblir la portée du témoignage de Tertullien, il m'est impossible d'y voir autre chose qu'une mauvaise chicane. En exigeant une soumission pleine et entière à l'autorité de la tradition S l'auteur du traité de la Couronne ne se borne pas à exprimer son propre sentiment, mais il s'appuie encore sur celui de ses adversaires. Il part d'un principe convenu de part et d'autre, et oppose à ceux qu'il combat cet argument personnel : Vous reconnaissez avec moi que nous sommes obligés de nous en rapporter au témoignage de la tradition sur une foule de points, sans qu'il nous soit possible d'alléguer à l'appui aucun texte de l'Écriture; donc rangez-vous à mon avis dans le cas particulier qui nous divise. Un pareil langage prouve que les uns et les autres admettaient également l'autorité de la tradition, comme un point de doctrine dont les hérétiques seuls auraient pu contester la certitude. Gela posé, il faut bien avouer que, tout en exprimant ce grand principe dans les meilleurs termes , le moraliste africain en abuse dans la circonstance. D'abord il ne distingue pas d'une manière assez précise les traditions divines et apostoliques des coutumes qui, établies par l'Église, peuvent être modifiées par elle. Puis, il se trompe en rangeant parmi les usages prohibés celui de porter une couronne. Il n'y a pas trace d'une pareille défense dans la tradition des premiers siècles. Tertullien a beau faire valoir que l'exemple des confesseurs et des martyrs ne consacrait pas cette coutume : de cet argument purement négatif à la preuve d'une interdiction

l. De Corona mil., ii.

280 i,A cnuRONNr: du soldat.

formelle , il y a une distance que rien ne l'autorisait à franchir.

Après avoir cherché à suppléer au silence de l'Jxriture par l'autorité de la tradition , le prêtre de Carthage prétend tirer de la nature même des choses une nouvelle raison à l'appui de son sentiment ; car l'ordonnance de ce petit traité est d'une régularité parfaite, et les arguments s'y enchaînent en se fortifiant l'un par l'autre. Tertullien examine à quelles fins le Créateur fait naître les fleurs, et il en conclut qu'on les détourne de leur destination naturelle lorsqu'on y cherche un ornement pour la tête. J'ignore s'il attachait une grande valeur à cette preuve : en tout cas, la page où elle se trouve développée est charmante et respire un parfum de poésie qui fait oublier la faiblesse du raisonnement.

(( Si je ne me trompe, c'est le maître de la nature, c'est notre Dieu qui a formé l'homme et disposé en lui des sens certains pour désirer, apprécier et obtenir la jouissance des choses, par l'intermédiaire de membres et d'organes particuliers. 11 a creusé l'ouïe dans les oreilles, allumé le regard dans les yeux, enfermé le goût dans la bouche; il a livré dans les narines l'odorat à tous les souiïles, et placé le tact aux extrémités de la main. C'est au moyen de ces instruments, mis au service de l'homme intérieur, que l'âme jouit des dons divins. Quel fruit retire-t-on des fleurs? car la matière essentielle, ou du moins la matière principale des couronnes, ce sont les fleurs des champs. Ce qu'on y cherche, me réponds-tu, c'est l'odeur, la couleur, ou l'une et l'autre à la fois. Eh bien, quels sont les sens affectés par la couleur et par l'odeur? La

vue, j'imagine, et l'odorat. Quel est le siège propre à ces deux sens? Les yeux et les narines, si je ne me trompe. Jouis donc des fleurs par la vue et par l'odorat, puisque c'est à ces sens qu'est attaché le plaisir; jouis-en par les yeux et par les narines, puisque ce sont les organes où siègent ces sens. La substance a été communiquée de Dieu, la coutume vient du monde; toutefois, une coutume qui n'est pas dans l'ordre ne peut prescrire contre l'usage légitime. Que les fleurs tressées ou enlacées en bouquet, retenues par la soie ou par le jonc, restent pour toi ce qu'elles sont abandonnées à ellesmêmes et libres : une chose que l'on regarde et que l'on respire. Si tu as tant de goût pour un faisceau de fleurs réunies l'une à l'autre, afin d'en porter un plus grand nombre à la fois et d'en respirer le parfum en même temps, cache-les dans ton sein, puisqu'elles ont tant de pureté; répands-les sur ta couche, puisqu'elles ont tant de délicatesse; confie -les à ta coupe, puisqu'elles ont tant d'innocence; jouis- en autant de fois que tu as de sens. Mais, placées sur la tête, quel plaisir te donnentelles? en quoi une couronne te profite-t-elle plus qu'un bandeau? De cette manière la couleur t'échappe, le parfum n'arrive pas jusqu'à tes narines; la délicatesse est perdue pour toi. Il est aussi contraire à la nature de rechercher des fleurs pour la tête que des sons pour les narines. Or, tout ce qui est contre nature mérite, dans l'opinion de tous, la dénomination de monstre; chez nous, pareille chose est flétrie du nom de sacrilège contre Dieu, maître et auteur de la nature K n

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