I. De Coi'ona mil., v
A coup sûr, il est difTicile d'avoir plus d'esprit que n'en montre ici l'ingénieux écrivain : cette tirade sur l'usage des fleurs est très-piquante; mais n'est-ce pas abuser des ressources de l'imagination que de peindre sous des couleurs si sombres une coutume fort innocente, jusqu'à vouloir en faire une chose monstrueuse et sacrilège? Lors même qu'on admettrait le principe d'où elle part, la démonstration de Tertullien n'en deviendrait pas plus concluante. Les fleurs peuvent consei*ver sur la tête de l'homme leur couleur ou leur parfum ; elles ne sont donc pas détournées par là même de leur destination naturelle, qui est d'être vues et senties. Mais, du reste, il serait superflu de discuter une objection , plus subtile que sérieuse : en donnant la terre aux enfants des hommes, selon l'expression du Psalmiste, Dieu leur a permis d'employer les productions de la nature pour l'ornement du corps et suivant les usages de la vie civile. Quoi qu'il en soit, on ne peut qu'admirer la force d'invention que possède ce grand maître , et le talent avec lequel il sait féconder un sujet pour en tirer tout le parti possible. A propos d'un épisode insignifiant, d'une couronne de laurier, il trouve moyen d'élever le débat à la hauteur d'une question de principes, et d'élargir le cadre de la discussion de manière à y faire rentrer la religion tout entière. 11 touche à l'Écriture sainte, parcourt la tradition, interroge les lois de la nature, remue le champ de l'histoire, et s'ouvre de tous les côtés de vastes perspectives. C'est ainsi qu'après avoir allégué ce qu'il appelle la discipline de la nature, il remonte à l'origine des couronnes, pour en faire l'historique à travers les siècles païens. Résumant
à cet effet le traité composé sur la même matière par un commentateur latin, Glaudius Saturninus, il montre que l'usage des couronnes a été introduit par les différents personnages qui ont pris place sur les autels du paganisme comme autant d'hommes déifiés. C'est à eux également , dit-il , que sont consacrées ces guirlandes de fleurs, la couronne de laurier à Apollon ou à Bacchus, la couronne d'olivier cà Minerve, la couronne de chêne à Jupiter, etc. Voilcà de quelle source impure découle Tusage dont je parle. A l'exemple des dieux, la multitude se couronne pour fêter le triomphe des princes ; les époux , le jour de leurs noces ; les acteurs, sur le théâtre ; les esclaves , après leur affranchissement. Même coutume pour les ordres de l'État, les magistrats, la milice. « Or, s'écrie Tertullien en adressant au soldat chrétien cette sublime apostrophe, tes ordres à toi, tes magistrats, le nom même de ta cour, c'est l'Église du Christ. Tu es son conscrit, car ton nom est au livre de vie. Ta pourpre, à toi, c'est le sang du Seigneur ; les clous de ton laticlave sont sur la croix ^ ! n
Parmi toutes les raisons que développe l'auteur du traité ^^ la Couronne ^ il n'en est pas de plus sérieuse. S'il avait pu prouver que la guirlande de laurier qui ornait la tête des soldats à la distribution des largesses impériales, n'était pas un simple signe de réjouissance, mais un hommage rendu à quelque divinité, ses réclamations eussent été parfaitement justifiées ; mais, malgré toute l'érudition qu'il déploie en recherchant l'origine des couronnes, il