Ibid., i
des couronnes en signe de réjouissance était si commun parmi les Juifs que les prophètes emploient de préférence cette image comme expression de la joie K Tertullien n'aurait pu choisir un plus mauvais argument. Est-ce l'effet d'une préoccupation, ou le désir de trouver des armes partout, même dans le camp de l'ennemi? Ce qu'il y a de certain, c'est que l'Ancien Testament n'était pas favorable à sa thèse. Le prêtre de Carthage est mieux inspiré lorsqu'il répond par ce mot sublime à ceux qui auraient été tentés de lui opposer l'exemple de Jésus-Christ couronné d'épines : « Faites-vous couronner de la sorte, vous en avez toute liberté -. » La réplique est bonne, et vaut mieux que tous les raisonnements qui précèdent.
Au fond, Tertullien en voulait moins à la coutume contre laquelle il s'élève avec tant de vivacité qu'au service militaire lui-même. Voilà l'explication de son plaidoyer, et du reste il ne s'en cache pas. J'ai dit, Messieurs, qu'il s'était déjà durement exprimé à cet égard dans son traité sur l'Idolâtrie. Il lui était impossible de ne pas manifester de nouveau ses antipathies, en discourant sur les accidents d'une profession qui lui paraissait blâmable en principe. Aussi profite-t-il de l'occasion qui lui est offerte pour exécuter une charge à fond contre le métier des armes : l'attaque est d'une vigueur sans pareille, mais je crains fort qu'en voulant détruire l'erreur, elle n'atteigne du même coup la vérité.
(( Croyez-vous qu'il soit permis à un chrétien d'ajouter
I. Exode, XXV, 11, \xx, 3; Ecdi., xlv, 14; Isaie, xu, 10; Ézéch.,xxiv 'J3, x\iii, i2, etc.
'2. DeCoronamil., ix.
i80 LA COURONNE DU SOLDAT.
au serinent lait à Dieu le serment prêté à un homme, et de se mettre aux gages d'un autre maître après qu'il s'est engagé au service du Christ? D'abjurer père, mère, toute espèce de prochain que la loi ordonne de respecter et d'aimer après Dieu, que l'Évangile a également honorés, en ne mettant au-dessus d'eux que le Christ seul? Lui sera-t-il permis de vivre l'épée à la main, quand le Seigneur a déclaré que quiconque se servirait de l'épée périrait par l'épée ? Ira-t-il au combat, lui, le fds de la paix, à qui la dispute même n'est pas permise? Infligera-t-il à autrui les chaînes, la prison, les tortures et les supplices, lui qui ne sait pas venger ses propres injures? Fera-t-il ses stations pour un autre, de préférence au Christ, ou bien le jour du Seigneur, alors qu'il n'en fait pas même pour le Christ ? Veillera-t-il devant les temples auxquels il a renoncé ? Soupera-t-il aux lieux qu'interdit l'apôtre ? Ceux qu'il a mis en fuite le jour par ses exorcismes, les défendra-t-il la nuit, s appuyant et se reposant sur la lance avec laquelle a été percé le côté du Christ? Portera-t-il aussi l'étendart rival du Christ? Demandera-t-il la livrée du prince, lui qui a déjà reçu celle de Dieu? Le mort qui attend la trompette de l'ange pour se réveiller sera-t-il troublé par la trompette qui réveille le soldat? Le chrétien sera-t-il brûlé, d'après la discipline du camp, lui à qui il n'est pas permis de brûler, lui que le Christ a délivré de la peine du feu? Combien d'autres actes dans le service militaire, qui ne peuvent être envisagés que comme des prévarications! N'en est-ce pas déjà une que de s'enrôler dans le camp des ténèbres lorsqu'on appartient au camp de la lumière * ? »