‹ Tertullien (volume 4)Chapitre 127 sur 223 · DeCoronamil., %i · texte numérisé non relu

DeCoronamil., %i

Je ne sache pas qu'il y ait dans Démosthène une page qui surpasse celle-ci pour la vivacité et l'énergie du style. On conçoit , Messieurs , que ces interrogations redoublées tombant l'une sur l'autre comme une grêle de traits aient pu troubler la conscience des soldats chrétiens. Il faut bien avouer que la situation de ces derniers ne laissait pas d'être critique, car les devoirs de leur état ne se conciliaient pas toujours avec leur foi religieuse. Si donc le véhément écrivain se bornait à signaler les inconvénients graves qui pouvaient résulter pour eux de la profession des armes, nous n'aurions aucune réserve à faire sur ce beau passage. Mais il est évident que son blâme porte plus loin et atteint le service militaire lui-même. Or, le charme de l'éloquence ne doit pas faire illusion sur le côté sophistique d'une argumentation.

Quoi qu'en dise TertuUien, il n'y a pas la moindre opposition entre les engagements contractés dans le baptême et le serment militaire. Ce serment se rapporte également à Dieu, dont le prince est le lieutenant sur la terre. Servir la patrie, c'est encore servir Dieu. L'auteur du traité de la Couronne oublie complètement ce qu'il avait si bien dit dans Y Apologétique^ lorsqu'il rappelait que les chrétiens portent les armes comme les païens, et ne se distinguent d'eux que par une plus grande fidélité à l'Empereur \ Il prétend qu'en désarmant saint Pierre, le Seigneur a désarmé tous les soldats : la conclusion est trop large. Tout ce qu'on peut tirer de ce passage , c'est que les armes matérielles ne sont pas celles de la religion ;

1» Aipolog.^ xui et passim.

mais rien ne les exclut de l'ordre civil et politique. Saint Paul n'a-t-il pas dit que le prince ne porte pas en vain le glaive, qu'il est le ministre de Dieu et l'exécuteur de sa vengeance à l'égard de celui qui fait le mal'? Tertullien cherche à établir entre la charité et la justice une antithèse qui n'existe point : à force d'insister sur le devoir qu'ont les particuliers d'étouffer toute idée de vengeance , il méconnaît le droit que possède la société de placer ses membres sous la sauvegarde de la force armée. Bref, il n'a pas une notion exacte de l'État, de son caractère et de son rôle providentiel. Voilà pourquoi le service militaire lui semble une anomalie dans la loi nouvelle , un véritable renversement des préceptes de l'Évangile. Il sent bien lui-même qu'il est engagé sur un terrain peu sûr. Car enfin , on pouvait opposer que saint Jean -Baptiste, traçant le devoir aux soldats qui venaient à lui, ne leur avait pas enjoint de quitter leur pi'ofession; que le Sauveur n'avait rien exigé de semblable du centurion dont il admirait la foi , ni saint Pierre du centenier Corneille, qu'il admettait dans l'Église. A.ussi le rigide moraliste éprouve-t-il le besoin de mitiger ce que son opinion a de dur et d'exclusif. Il distingue alors entre les chrétiens qui se font soldats et les soldats qui deviennent chrétiens : tout en maintenant sa défense à l'égard des premiers, il permet aux seconds de persévérer dans leur état, pourvu qu'ils soient disposés à souffrir la mort plutôt que d'enfreindre la loi divine -. Il est évident qu'une pareille restriction détruisait la thèse elle-même ;

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