‹ Tertullien (volume 4)Chapitre 129 sur 223 · QUATORZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME LEÇON

I.e montanisme; son histoire et ses doctrines. — Caractère de ce mouvement. — Physionomie de Montan. — La secte phrygienne place la prophétie ou l'inspiration particulière au-dessus de l'enseignement de l'Église. — Première apparition de l'illuminisme dans les siècles chrétiens. — Explication de ce phénomène.— L'idée de l'Église dans l'esprit des disciples de Montan. — Faux mysticisme.— Ascétisme anti-social. — Opposition et analogies avec la gnose. — Développement logique du système. — Points de contact entre le rigorisme de Tertullien et les principes des nouveaux sectaires. — Sans rien innover dans le dogme, le prêtre de Carthage veut réformer la discipline. — Il cherche la base de ses réformes dans des révélations nouvelles. — L'esprit montaniste dans l'opuscule sur la Fuite pendant la persécution. — Théorie fataliste des faux mystiques. — En voulant interdire aux chrétiens toute mesure de prudence humaine , Tertullien tombe dans la déclamation , et réduit l'homme à un état de pure passivité. —Confusion de la simple permission divine avec la volonté de Dieu positive et directe. — Qualités et défauts de cette pièce.

Messieurs ,

En parcourant le traité su?' la Couronne du soldat^ nous avons signalé certains symptômes d'un changement d'idées qui s'était opéré dans l'esprit de Tertullien. Le livre de V Idolâtrie nous avait bien fait pressentir à quels dangers le prêtre de Carthage allait se trouver exposé par suite de son penchant à vouloir exagérer la règle des mœurs; mais l'opuscule que je viens de nommer nous le montre déjà engagé plus avant dans cette voie périlleuse. Ce qui frappe surtout, lorsqu'on lit ces pages, d'ailleurs si pleines de vie et d'éloquence, ce sont quelques expressions étranges dont on ne se rend pas bien compte à première vue. L'auteur y reproche à ceux qu'il combat d'avoir

!^9/i LE MONTA.MSME.

repoussé les prophéties de l'Esprit-Saint. Qu'étaient-ce que ces prophéties particulières dont les adversaires de Tertullien se refusaient à reconnaître l'autorité? En outre, il les accuse de ne plus se souvenir que d'un texte de l'Evangile, celui qui recommande aux apôtres de fuir de cité en cité pendant la persécution ; et à ce sujet il insulte leurs pasteurs qu'il appelle lions pendant la paix , cerfs pendant la guerre ^ Est-ce par hasard aux chefs de la hiérarchie catholique que s'appliquerait cette épithète flétrissante? Dans ce cas, l'homme qui parlait ainsi devait se trouver à la veille d'une rupture avec l'Église , si déjà il ne s'était séparé d'elle. C'est à l'histoire du temps qu'il faut demander l'explication de cette nouvelle attitude qui se dessine dans les écrits du moraliste africain. En elfet, les erreurs de Tertullien viennent se rattacher dans leur origine à l'un des monuments d'idées les plus puissants qui aient agité l'Église au ii'' siècle.

Peu d'années après la naissance de Tertullien, un homme, dont le nom allait être associé au sien, avait surgi dans cette partie de l'Asie Mineure dont Iliérapolis était la capitale. Déjà, dans l'antiquité la plus reculée, la Phrygie passait pour un foyer de superstitions et de fanatisme. L'idolâtrie avait pris chez ces montagnards exaltés et crédules un caractère tout particulier d'extravagance et de folie. Il sufîit de nommer le culte de Gybèle et les prêtres Galles pour rappeler ce que le paganisme avait produit de plus délirant. Aussi plaçait-on le berceau de la divination au milieu de cette terre classique de la

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