Ibid., IV
3H LE MONTANISiME.
divines, mais Dieu le prévoit parce qu'il sait quelle direction prendra notre volonté. Tertullien abuse des ressources de son esprit, lorsqu'il oppose à ses adversaires des raisonnements comme celui-ci :
« Ou Dieu veut que nous soulïVions la persécution, ou il veut que nous la fuyions. Si nous fuyons, comment souffrir? Si nous souilrons, comment fuir? Quelle choquante contradiction dans celui qui nous ordonne de fuir en même temps qu'il nous invite à la souflrance, ce qui est tout juste le contraire de la fuite ^ ! »
Il n'y a pas la moindre opposition entre les deux membres de ce dilemme que Tertullien retourne sous toutes les formes avec tant de complaisance. Dieu veut que nous supportions l'épreuve lorsqu'elle nous atteint malgré nous, et il nous permet en même temps de l'éviter s'il est possible, quand il doit résulter un plus grand bien de notre fuite. Ainsi nous ordonne-t-il de souffrir la maladie avec patience , tout en nous permettant de la prévenir par toutes les précautions qui sont en notre pouvoir. L'argumentation de Tertullien ne résiste pas à une critique sérieuse. Ses adversaires ne manquaient pas de lui opposer le texte de l'Évangile où le Sauveur recommande à ses disciples de fuir de cité en cité pour échapper à la persécution'-. Voulant se tirer d'embarras, le docteur montaniste prétend que ce précepte ne s'applique qu'aux apôtres, et ne va pas au delà. Le motif qu'il allègue pour cette restriction, c'est que l'Évangile eût été étouffé à son berceau, si les apôtres n'avaient eu le droit de se