Hist. Ecoles.. 1. n, c. rv
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s'est converti dans sa jeunesse, avant d'avoir exercé slucun emploi de rhéteur ou d'avocat: car, d'après saint Jérôme , il se laissa séduire par les doctrines de Montan au milieu même de sa vie, et déjà de nombreux écrits avaient précédé cette chute ^ Maintenant, quelle est l'année précise à laquelle le jeune lettré embrassa la religion chrétienne? C'est ce qu'il est impossible de déterminer. Toutefois, Messieurs, malgré l'obscurité qui recouvre la première partie de la vie de Tertullien, un trait de lumière nous indique quelle était déjà vers cette époque la tendance de son esprit. Encore jeune homme, dit saint Jérôme, il avait adressé à l'un de ses amis un petit traité sur les inconvénients du mariage-, et le solitaire de- Bethléem ne craignait pas d'en recommander la lecture à l'une de ces illustres pénitentes qu'il dirigeait par ses lettres, à Eustochie -. Le néophyte, car il n'est pas croyable que saint Jérôme ait pu conseiller à une vierge chrétienne de prendre pour guide un livre conçu dans les idées du paganisme, le néophyte, dis-je, s'occupait déjà de ces grandes questions de l'ordre moral qui allaient devenir recueil de sa vie. Il y a dans cette œuvre de la jeunesse de Tertullien comme un premier essai du moraliste sévère qui méconnaîtra plus tard les conditions ordinaires de la nature humaine. Et cependant à une époque postérieure, nous trouvons l'auteur du traité en question engagé dans les liens du mariage. Faut-il voir en cela une de ces inconséquences qui lui sont trop familières, ou bien une étude plus attentive de la loi évangélique lui
i. Catal. des écriv. ecclés.^c. un.
'2. Adv. Jovinian., 1. i. — Ep. 18, ad Eustoch.
avait-elle fait comprendre la sainteté du mariage chrétien? La loi Papia Poppœa, dont Septime-Sévère n'avait pas encore adouci les rigueurs, l'avait-elle obligé, pour des causes que nous ignorons, d'accepter un joug qu'il redoutait? Toujours est-il que les préoccupations morales de Tertullien se trahissent dès le premier pas dans sa carrière d'écrivain.
Il n'est pas diiTicile de se rendre compte des motifs qui déterminèrent le jeune Africain à embrasser la foi chrétienne. Sans doute la grâce divine est le principe de la conversion par les lumières qu elle fait briller aux yeux de l'intelligence et par la force qu'elle communique à la volonté ; mais les causes extérieures facilitent ce travail intime. En signalant plus tard les raisons qui amenaient les païens à l'Évangile, Tertullien semble indiquer celles qui avaient fait impression sur lui-même. D'une part, l'absurdité manifeste des religions polythéistes et l'insuffisance des systèmes philosophiques pour la satisfaction des besoins de l'âme; de l'autre, la divine majesté des Ecritures, la vie exemplaire des chrétiens, le pouvoir surnaturel que ceux-ci exerçaient sur les démons, voilà, pour un esprit observateur comme le sien , autant de marques qui lui servaient à discerner la vérité de l'erreur. Mais un spectacle qui a dû agir avec plus de force encore sur cette âme faite pour comprendre la grandeur et la beauté de l'héroïsme, c'est la constance des martyrs au milieu des tourments qu'ils souffraient pour la foi. Tertullien en reçut une impression qui ne devait plus s'effacer. Longtemps après ce moment qui avait décidé de sa propre conversion, il aimait encore à montrer
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quelle puissante influence doit exercer un tel exemple sur tout homme qui cherche sincèrement la vérité. « Qui peut assister à ce spectacle, s'écriait-il, sans éprouver le désir de scruter le mystère qu'il renferme? Le mystère une fois pénétré, ne vient-on pas se joindre à nous? Une fois dans nos rangs, n'aspire-t-on pas à souffrir?... Pas d'homme qui, à l'aspect de cette prodigieuse patience, se sentant pressé comme par un aiguillon d'examiner ce qui est en cause, n'embrasse la vérité aussitôt qu'il la connaît ^ » En parlant de la sorte, le prêtre de Garthage nous révèle ce qui avait dû se passer en lui-même, quand son esprit logique, remontant de l'effet à la cause, le portait autrefois à rechercher dans les martyrs le principe de leur force.
A partir de ce moment-là, Tertullien mit au service du christianisme toutes les puissances de son âme énergique et ardente. C'était une de ces natures qui ne se donnent pas à demi, mais se vouent tout entières à la cause qu'elles embrassent, passionnées dans leurs sympathies comme dans leurs répulsions, et joignant à un amour enthousiaste de la vérité des haines vigoureuses contre l'erreur ou ce qui leur semble tel. La chaleur de ses convictions se manifesta dès lors par l'activité littéraire qu'il ne cessa de déployer durant un demi-siècle. Jusqu'à l'extrême limite de l'âge , on le voit constamment sur la brèche , défendant la religion contre le paganisme, attaquant les hérésies, encourageant les martyrs et tonnant contre le désordre des mœurs avec une vé-