Apolog., l; ad Scapiilam, v
hémence qui ne se lasse jamais. La souplesse de son talent lui permet d'aborder les genres les plus divers : apologies, pamphlets, traités de controverse, exhortations morales, tout coule de sa plume avec une égale facilité; et depuis l'homélie jusqu'à l'invective, il répand sur tout ce qu'il touche une verve intarissable. Toutefois, Messieurs, il est facile de ramener à trois chefs principaux les différents écrits de Tertullien, en l'envisageant successsivement comme apologiste , comme moraliste et comme controversiste. Ou bien, pour porter encore plus de clarté dans notre sujet, je dirai que les œuvres de ce grand écrivain embrassent la doctrine et la vie chrétiennes considérées soit dans leurs rapports avec le paganisme, soit en elles-mêmes, soit dans leur opposition avec les hérésies. C'est sous ce triple aspect que nous allons les examiner, en observant autant que possible l'ordre dans lequel elles s'échelonnent le long du ii^ et du iii^ siècle.
A l'époque où Tertullien vint marquer son rang parmi les apologistes de la religion chrétienne, la lutte du paganisme avec l'Église se continuait sur toute l'étendue de l'empire romain. Le règne de Marc-Aurèle n'avait pas été favorable aux disciples de l'Évangile. Vainement saint Justin, Athénagore, Méliton de Sardes et Claude Apollinaire avaient -ils essayé de faire triompher auprès de l'empereur les droits de la conscience et de la vérité, le stoïcien couronné n'avait opposé à leurs requêtes que la froide cruauté commune à sa secte. L'avènement de Commode, son successeur, fut pour les fidèles le signal d'une trêve dont Dion Cassius attribue la cause à l'influence
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qu'exerçait sur le fils de Marc-Aurèle une femme nommée Marcia ^ Pendant l'espace de douze ans, de 180 h. 192, le christianisme n'eut à subir que des persécutions accidentelles ou locales. Cet état de choses ne se modifia guère sous la courte domination de Pertinax et de Didius Julianus. Lorsque, après le meurtre de ce dernier, Sep-
time- Sévère, Pescennius Niger et Clodius Albinus se
disputèrent le trône impérial , les troubles politiques que suscitaient ces rivalités détournèrent sur d'autres points l'attention de la magistrature et du peuple païens. L'Église put respirer à son aise, grâce à la diversion opérée par les discordes intestines qui aflligeaient l'empire. Il était réservé au despotisme militaire, inauguré par Septime - Sévère , d'amener une recrudescence de fureur contre une religion qui n'avait pu trouver grâce aux yeux des Antonins. Un nouvel édit, publié en 202, allait opposer aux progrès de l'Evangile une barrière réputée nécessaire pour sauver le culte de l'État menacé de toutes parts-. Mais, déjà auparavant, la religion chrétienne avait eu à souffrir de la violence de ses adversaires. Aussi longtemps que le décret de Trajan, déclarant le christianisme une religion illicite, continuait à fournir une base légale à la persécution, les fidèles ne pouvaient se flatter d'être à l'abri de l'intolérance païenne. L'indifférence d'un empereur, ou même ses dispositions bienveillantes, pouvaient bien ralentir la marche de la persécution , mais non l'arrêter entiè-