‹ Tertullien (volume 4)Chapitre 160 sur 223 · LES ACTES DE SAINTE PEI'.PÉTLE · texte numérisé non relu

LES ACTES DE SAINTE PEI'.PÉTLE

pour faire place au martyr. Voilà l'iiéroïsme dans sa plus haute expression.

C'est ainsi que, tout en conservant aux affections humaines leur force et leur vivacité, le christianisme les subordonne à l'amour de Dieu, pour les ennoblir et les transformer par l'idée du sacrifice. 11 n'est donc pas étonnant que la littérature profane n'offre rien qui puisse égaler la grandeur d'une pareille scène. Certes, la piété fdiale n'a jamais été absente du cœur de l'homme : Dieu l'y a gravée en traits de flamme. Aussi j'aime à lire dans Euripide les adieux que Polyxène fait à sa vieille mère avant de marcher à la mort. Mais c'est précisément dans cette comparaison entre les conceptions du génie antique et les réalités de la vie chrétienne, qu'on voit éclater la divine supériorité de l'Évangile. Pour consoler Hécube, la jeune Troyenne ne trouve rien de mieux à lui dire que de l'exhorter à plier sous la nécessité : leurs ennemis sont les plus puissants; il faut céder à la force. Quant cà elle , née sur un trône et destinée à devenir l'épouse d'un roi, elle aime mieux mourir que de vivre esclave. Voilà le thème qu'elle développe avec un accent de tristesse qui ne laisse pas de toucher l'âme. Il y a de la noblesse dans cette fierté d'une victime innocente qui préfère le supplice à ce qu'elle regarde comme un opprobre. Mais on sent l'influence des doctrines fatalistes de l'antiquité dans cette froide résignation qui se courbe sous le malheur sans que rien la relève vers un principe supérieur. L'idée d'une Providence qui veille sur nous et qu'il faut bénir jusque dans les épreuves qu'elle nous envoie, est absente d'un dialogue où la nature humaine,

vide de foi et d'espérance, n'a que des regrets et des gémissements. Chrétienne, la fille d'Hécube eût tenu un autre langage. Après avoir versé des larmes sur le sort d'une mère infortunée, elle aurait puisé dans la religion des inspirations plus hautes. A l'exemple de Perpétue, elle aurait dit en montrant le ciel : « Il n'arrivera de tout ceci, ma mère, que ce qu'il plaît à Dieu ; nous sommes en sa puissance et non pas dans la nôtre. » Ce mot efface à lui seul tous les discours d'Euripide. C'est par un motif de vertu que le chrétien accepte la souffrance, et non pour obéir à une nécessité fatale. Heureux ou malheureux, il se jette avec confiance entre les bras de Dieu , sûr qu'il est de trouver sa force dans l'amour du devoir. Cette pensée le soutient, le console et élève son sacrifice au-dessus de la terre, jusqu'à Celui qui en est le principe et la fin.

Ce caractère surnaturel de la résignation chrétienne éclate à chaque page dans la pièce que nous étudions. Il est impossible de mieux marquer la faiblesse de la nature abandonnée à elle-même, et la puissance que la grâce vient y ajouter. Parmi les compagnons de Perpétue se trouvait une jeune femme. Félicité, dont le nom devait être associé au sien dans une gloire commune. Là-dessus, saint Augustin a fait un jeu de mots que je lui pardonne facilement pour ma part, tant il est gracieux. «Il convenait, dit l'évêque d'Hippone, que Perpétue fût jointe à Félicité, afin que l'alliance de ces deux noms nous rappelât toujours que la Félicité ne saurait être véritable, à moins d'être perpétuelle ^ » Quoi qu'il faille penser de ce

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