‹ Tertullien (volume 4)Chapitre 18 sur 223 · Stromates, 1. ii · texte numérisé non relu

Stromates, 1. ii

2. Tertull.,arf Scapulam, v; yEl. Lamprid. Vita Commodi, c. vi et vu.

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ou d'une circonstance déterminée, pour raviver la haine des païens contre le christianisme, menue en l'absence d'une persécution générale.

C'est, Messieurs, ce qui explique pourquoi, dans l'Afrique proconsulaire, il y eut des martyrs avant la promulgation du nouvel édit de Septime-Sévère. S'il faut s'en rapporter au témoignage de Tertullien, ce prince n'aurait pas été hostile aux chrétiens dès le commencement de son règne. Un motif tout personnel le portait vers l'indulgence. Affligé d'une grave maladie, le soldat parvenu avait fait venir auprès de lui un chrétien nommé Proculus, intendant d'une dame romaine qui s'appelait Evhodie ; or, ce chrétien l'avait guéri en l'oignant de l'huile sainte. Reconnaissant de ce bienfait, l'empereur, informé que des hommes et des femmes de la plus haute distinction avaient embrassé le christianisme, au lieu de les persécuter, porta témoignage en leur faveur, et les protégea publiquement contre les violences populaires. Tel est, du moins, le récit de Tertullien, et ce qui semble le confirmer, c'est que Garacalla, fils de Sévère, avait une chrétienne pour nourrice, et comptait parmi ses compagnons des enfans chrétiens, comme l'insinue vElius Spartianus^ Mais, suivant l'observation que je faisais tout à l'heure, ces dispositions bienveillantes de l'empereur dans les premières années de son règne n'empêchaient pas les persécutions locales. L'Afrique chrétienne, en particulier, eut à souffrir de l'intolérance des proconsuls vers la fm du 11^ siècle, et ce fut Yigellius Saturninus qui vint inau-

1. Tertull.,ad Scapulam, iv; /Elius Spartianus, Vie de Caracalla, ci.

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gurer à Carthage l'ère sanglante au milieu de laquelle Tertullien allait élever la voix. Pour bien déterminer toutes les circonstances de cette lutte mémorable, je crois utile d'ajouter quelques détails sur les premiers martyrs de l'Afrique; car c'est à eux que l'éloquent écrivain va consacrer les prémices de son talent.

Dans une lettre adressée à saint Augustin, le grammairien Maxime de Madaure cherchait à tourner en ridicule les noms des premiers martyrs de l'Afrique chrétienne. « Qui pourrait supporter, écrivait-il à l'évêque d'Hippone, de voir préférer à Jupiter Tonnant un Miggin, à Junon, à Minene, à Vénus et à Yesta, une Sanaë, et à tous les dieux immortels l'archimartyr Namphanion, Lucitas et tant d'autres dont vous vénérez les corps ^? » Saint Augustin lui répond avec raison que les catholiques rendent à Dieu seul un culte d'adoration, bien qu'ils vénèrent la mémoire de ceux qui sont tombés pour la vraie foi. L'adversaire de Maxime s'étonne à bon droit qu'un auteur africain puisse ignorer que Namphanion est un mot punique qui signifie apporter le bonheur. Or, cette qualification d'archimartyr me semble indiquer que Namphanion ouvre la liste des martyrs de l'Afrique; car si ce titre voulait exprimer la dignité et non l'ancienneté, il eût convenu bien davantage à saint Cyprien, le premier évêque africain qui ait confessé l'Évangile au prix de son sang-. Il est donc permis d'inscrire en première ligne, dans les fastes de l'Église d'Afrique, ce groupe de mar-

\. s. .4j/flf»/.çf., Ep. \vi et XXVII.

2. Pontius, y [ta Cypriani, n° 19. Morcelli est du m«^me avis dans son Africa christiana, vol. II, p. 48, Brescia, 1816.

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tyrs auquel appartiennent Namphanion, Miggin, Sanaë et Lucitas K Mais la fureur du proconsul Yigellius Saturninus ne s'arrêta point à ces premières victimes. Bientôt les prisons de Carthage se remplirent de chrétiens. Agrippinus était alors évêque de cette ville. C'est lui qui le premier de tous^ dit Vincent de Lérins, avait fait décider par un concile d' évoques qu'il fallait rebaptiser les hérétiques à leur rentrée dans le giron de l'Église : funeste mesure qui allait ouvrir la porte à ces malheureuses controverses où devaient s'égarer Tertullien et saint Gyprien -. Du moins son zèle fut- il à la hauteur des circonstances critiques dans lesquelles se trouvait l'Église de Carthage. Grâce à ses soins, les confesseurs de la foi reçurent tous les soulagemens du corps et de l'âme que demandait leur situation. Les diacres allaient leur porter la nourriture nécessaire, et sans doute les magistrats païens ne demandaient pas mieux que d'abandonner aux chrétiens le soin de pourvoir à la subsistance de leurs frères captifs. L'histoire ne nous a pas conservé les noms de tous ces généreux athlètes; mais les actes de sainte Perpétue, bien que relatifs à des événemens arrivés cinq années plus tard, mentionnent quelques martyrs exécutés auparavant, et nous permettent ainsi de ranger dans le deuxième groupe des confesseurs de l'Afrique chrétienne Joconde, Satm-nin, Artaxe et Quintus^ C'est à eux et à leurs compagnons que s'adresse, selon toute apparence, le discours de Tertullien aux martyrs.

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