‹ Tertullien (volume 4)Chapitre 181 sur 223 · De Oratione, i · texte numérisé non relu

De Oratione, i

résumant leurs idées sur ce point, ne craignait pas de dire : « Il serait absurde de prétendre qu'on aime Jupiter. )) Dans le christianisme, au contraire, l'amour divin doit occuper le premier rang parmi les sentiments du cœur. Dieu y est père avant tout, parce que, comme Tertullien le rappelle après saint Jean, le Verbe, en prenant la nature humaine , a donné à tous ceux qui croient en lui le droit de devenir enfants de Dieu. Cet ineffable abaissement de Dieu vers l'homme , en établissant entre l'homme et Dieu des rapports plus intimes, a produit dans les âmes cette confiance, cet amour filial que le paganisme ne connaissait pas et qui n'était qu'imparfait sous l'ancienne loi. A ce seul trait, on peut mesurer la divine supériorité du christianisme sur tout ce qui le précède dans l'histoire.

Le prêtre de Garthage ne montre pas moins de pénétration d'esprit lorsqu'il passe de l'invocation aux trois premières demandes de l'Oraison dominicale. Il observe avec beaucoup de sens que , dans cette formule idéale de la prière chrétienne, les choses du ciel précèdent celles de la terre. L'homme commence par s'effacer derrière la divinité, dont la cause l'intéresse plus que la sienne propre : il s'oublie pour songer tout d'abord à la gloire de Dieu , but suprême de la création. Il demandera donc la glorification de Dieu par la sainteté des âmes, l'accomplissement de la volonté et l'avènement du règne de Dieu. Ce n'est qu'après ces vœux généraux et pour ainsi dire impersonnels, qu'il s'occupera de ses besoins particuliers. Encore les nécessités corporelles n'aurontelles qu'une moindre place dans cet appel fait à la

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bonté divine. Le pardon des péchés, la préservation du mal et de tout ce qui peut y conduire, voilà ce qu'il sollicite avec le plus d'insistance, se l'appelant cette autre parole du Maître : <( Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné comme par surcroît. » On ne peut qu'admirer la sagacité avec laquelle Tertullien a saisi le caractère et l'économie de la prière du Seigneur. Sans doute il cède trop facilement à son penchant pour le sens figuré, lorsqu'il voit la chair et l'esprit de l'homme dans la terre et dans le ciel où doit s'accomplir la volonté divine; mais lui-même nous avertit que le texte comporte une interprétation plus littérale ^ En outre, lorsqu'il restreint au siècle futur l'avènement du règne de Dieu, il semble oublier que cette royauté divine doit déjà s'établir et se développer dans le monde actuel. 11 contredit même ce qu'il avait avancé dans VApologétiquc^ où il affirmait que la prière des chrétiens a pour but de retarder la catastrophe finale , à cause des calamités qui devront l'accompagner-. Quoi qu'il en soit, Tertullien embrasse dans toute sa plénitude le sens fécond du texte évangélique, quand il entend par le pain quotidien que demande le fidèle, à côté de l'aliment corporel, le Christ qui nourrit l'âme par la foi et parla sainte Eucharistie ^ Enfin il prouve une fois de plus la largeur de vues qui le distingue, lorsqu'il résume en ces termes l'Oraison dominicale :

(( Dans ce peu de paroles, combien d'oracles dissé-

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