‹ Tertullien (volume 4)Chapitre 190 sur 223 · De Oratione, xiv-xxvii · texte numérisé non relu

De Oratione, xiv-xxvii

LA PRIÈRE CHRÉTIENNE. /l07

esprit et en vérité, lui qui l'exige? Nous savons combien grande est cette efficacité, par ce que nous en avons lu ou entendu dire. La prière de l'Ancien Testament délivrait du feu, des bêtes féroces, de la famine, et pourtant elle n'avait pas reçu saNforme du Christ. Plus forte est la prière du chrétien. Si elle ne fait pas descendre au milieu des flammes l'ange de la rosée, si elle ne ferme pas la gueule des lions, si elle ne transporte pas vers ceux qui ont faim la nourriture préparée pour les laboureurs ^ , si enfin elle n'éteint pas le sentiment de la douleur par l'effet de la grâce, elle opère davantage en armant de patience ceux qui souffrent et qui sentent leurs souffrances. Avec la force qu'il obtient par elle, le fidèle peut mesurer la grandeur du bienfait aux tourments qu'il lui est donné d'endurer pour le nom de Dieu. Autrefois la prière attirait des calamités sur la tête des méchants , dissipait les armées de l'ennemi, arrêtait les pluies fécondantes. Aujourd'hui la prière de la justice détourne la colère de Dieu , veille au salut des ennemis , élève une voix suppliante pour les persécuteurs. Est-il étonnant que la prière puisse appeler du ciel les eaux de la grâce, elle qui a su en faire descendre le feu? Seule, elle triomphe de Dieu. Le Christ, qui lui a communiqué toute puissance pour le bien, savait qu'elle n'opérerait point le mal. Rappeler les âmes des défunts du chemin même de la mort , restaurer les faibles, porter remède aux malades , délivrer du pouvoir des démons, ouvrir les portes de la prison , briser les chaînes

1. Allusion au chap. xiv de Daniel, où l'ange du Seigneur, voulant nourrir le prophète dans la fosse aux lions, porte Habacuc en Babylonie avec le repas que celui-ci avait apprêté pour ses moissonneurs.

/.08 TnAiTi'; i)F. l'oraison dominicale.

(le l'innocence, voilà les seules œuvres de la prière. Elle ( (Tace les péchés, repousse les tentations, éteint les persécutions, console les âmes timides, réjouit les cœurs généreux, guide le voyageur, apaise les Ilots, jette l'épouvante parmi les malfaiteurs, nourrit le pauvre, conduit le riche, ])révient, arrête ou répare les chutes. La prière est le lempart de la foi; elle nous sert d'arme et de trait contre l'adversaire qui nous épie de toutes parts. Donc n'avançons pas sans cette arme; soyons fermes au poste pendant le jour, et veillons la nuit. C'est sous cette armure céleste que nous devons garder le drapeau de notre souverain, l'oreille toujours ouverte à la trompette de l'ange. Aussi i)ien les anges eux-mêmes sont-ils en prière. 11 y a plus, toute créature s'associe à leurs concerts. Animaux domestiques et bêtes sauvages, tous prient à leur manière et fléchissent le genou : au sortir de l'étable ou de la caverne, ils ne restent pas en face du ciel la bouche muette, mais le son de leur voix trahit le souflle qui les anime. L'oiseau, à son réveil, se dresse vers le ciel, au lieu de mains il étend ses ailes en forme de croix, et dit quelque chose qui ressemble à une prière. Pourquoi insister davantage sur cette obligation? Le Seigneur lui-même a prié ; à lui l'honneur et la puissance dans les siècles des siècles ^ ! »

C'est par ce magnifique éloge de la prière que se termine le traité de V Oraison dominicale. L'âme poétique de Tertullien ne pouvait manquer de rattacher à cet acte religieux de l'homme le grand hymne de la création

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