‹ Tertullien (volume 4)Chapitre 192 sur 223 · L. II, ad Simplic.^ qu · texte numérisé non relu

L. II, ad Simplic.^ qu

/ll2 Tr, AITÉ DE l'oraison DOMINICALE.

est impossible de comprendre comment Dieu peut vouloir par un acte simple et indivisible tout ce qu'il veut, comme il ne nous est pas donné d'expliquer de quelle manière il embrasse, par une seule et même intuition, tout ce qu'il sait ; mais ce défaut de compréhension tient aux limites de notre intelligence. Vous le voyez, Messieurs, la question de la prière ne fait que reproduire sous une autre forme celle de la liberté humaine mise en regard de la prescience divine, ou plutôt, ce n'est qu'une face du problème général de la coexistence de l'infini avec le fini. Toutes ces objections, qui ne laissent pas d'avoir un côté spécieux, sont susceptibles de recevoir des solutions satisfaisantes , pourvu que nos exigences s'arrêtent aux bornes que l'état présent de nos facultés ne nous permet pas de franchir.

Il n'est pas moins facile de répondre à ceux qui prétendent que la prière , si elle est sérieuse, équivaut toujours à la demande formelle d'un miracle, ou d'une dérogation spéciale aux lois de la naturel Nous admettons bien volontiers que tel peut être dans certains cas l'effet de la prière , car ce serait nier Dieu que de le réduire à une impuissance complète devant des lois qu'il a librement établies. En posant la règle. Dieu a déterminé par le même acte l'exception qu'il y ferait : en d'autres termes, le décret qui suspend pour un moment donné le cours d'une loi physique, n'est pas moins éternel, si je puis m'exprimer ainsi, que celui qui a constitué la loi elle-même. Mais il s'en faut de beaucoup que le miracle

l. Rousseau, Profession de foi du vicaire savoyard, édit. Luhure, t. ir, p. 85. — M. Jules Simon , la Bel. nat., p. 332.

soit le résultat habituel de la prière. Dieu nous exauce le plus souvent sans rien changer à l'action ordinaire de sa Providence. Gomme le dit fort bien Leibnitz , il avait en vue nos prières avant qu'il eût réglé les choses, ou pour parler plus exactement, il voit nos prières en même temps qu'il dirige le cours des événements de manière à en assurer l'effet K Cette connaissance éternelle qu'il a de nos prières, et cet arrangement éternel aussi des résultats qui en sont la conséquence, ne constituent pas en Dieu deux actes successifs , mais un acte unique , dans lequel la vue de la cause précède logiquement la détermination de l'effet. L'objection des sophistes suppose qu'une fatalité aveugle préside aux choses de ce monde, ou que le plan divin se développe suivant une nécessité de fer où l'action des êtres libres ne trouve point de place. Rien n'est plus faux. L'action des êtres libres influe en mille sens sur la marche de l'univers, dont le mécanisme est conçu de telle sorte qu'elle peut en faire jouer les ressorts à son gré, sans en troubler l'harmonie. Quand nous cultivons un champ, nous obtenons des résultats que les lois de la nature n'auraient pas amenés d'elles-mêmes : est-ce un miracle que nous opérons? Non; nous agissons sur la natui;e de manière à en diriger le cours. Et le Tout-Puissant n'exercerait pas sur elle l'influence que peut avoir un homme armé d'une pelle ou d'une pioche ? Il ne pourrait pas trouver dans la combinaison féconde de ces lois qu'il a établies, le moyen de produire tel effet qu'il lui plaît? Les lois de la na-

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