De Baptismo, ii
L' INITIATION CHP.KTIENNE. ^23
lions divines, loin de former un préjugé défavorable à leur certitude, est précisément pour nous une raison d'y croire. Car si Dieu veut se manifester d'une façon telle qu'on ne puisse pas s'y méprendre, son œuvre devra porter un cachet inimitable. C'est par les moyens les plus simples qu'il obtiendra des effets surprenants, tandis que les hommes emploient les ressorts les plus compliqués pour aboutir à des résultats médiocres. Par là, il distinguera véritablement ce qui lui est propre de ce qui appartient aux créatures. « L'incrédulité trouve étrange, s'écrie Tertullien, que quelques gouttes d'eau suffisent pour délivrer de la mort. Une telle efficacité lui paraît illusoire, impossible. Eh bien, cette disproportion entre les moyens et la fin est pour moi un motif d'admettre les effets surnaturels du baptême , crcdcnditm quia mirandumî Faire montre de sagesse et de puissance, c'est agir en homme ; mais choisir pour matériaux d'une œuvre, niaterias operalionis^ ce qui a l'apparence d'une folie ou d'une impossibilité, voilà qui est agir en Dieu. » 11 eût été difficile de commenter avec plus d'éloquence le magnifique passage de saint Paul sur la folie de la croix. C'est en développant avec une sorte de complaisance ce divin paradoxe que le prêtre de Carthage se rapproche d'un homme qui lui ressemble d'ailleurs par plus d'un côté, je veux parler de Pascal. L'un et l'autre trouvent une âpre jouissance à humilier la raison humaine sous l'autorité de la foi. Vous avez tous lu le célèbre passage où l'auteur des Pensées établit que la folie du péché originel est plus sage que toute la sagesse des hommes : « Connaissez donc, superbe, quel paradoxe vous êtes à vous-même. Humi-
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liez-vous, raison impuissante; taisez-vous, nature imbécile; apprenez que l'homme passe infiniment l'homme, et entendez de votre maître votre condition véritable, que vous ignorez ^ » Il n'y a que Tertullien qui se permette de pareilles apostrophes. Lui aussi ne craindra pas de dire ce mot resté fameux : a Le Fils de Dieu est né; je n'en rougis point parce qu'il faut en rougir. Le Fils de Dieu est mort; il faut le croire parce que cela révolte la raison. Il est ressuscité du tombeau où il avait été enseveli ; le fait est certain parce qu'il est impossible ^. » Jamais , il faut bien l'avouer, on n'a gardé moins de ménagement envers les délicatesses du sens humain : c'est l'audace du langage poussée jusqu'à sa dernière limite. Toutefois, il serait peu juste d'abuser de ces fortes expressions, comme on l'a fait plus d'une fois, faute d'en bien saisir la portée. Elles signifient tout simplement que l'incompréhensibilité d'un mystère n'est pas un motif pour le rejeter, et que le propre des opérations divines, c'est de s'imposer à l'esprit avec d'autant plus de force qu'elles semblent le heurter davantage. Or rien n'est plus vrai, si l'on veut bien reconnaître que cette manière d'agir, si étrange qu'elle paraisse à première vue, est le plus sûr moyen d'empêcher que les hommes ne confondent l'action divine avec la leur ^