De Baptismo, m
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eussions des anciens philosophes sur le mérite relatif du feu et de l'eau. Déjà Pindare avait proclamé la supériorité de celle-ci, et Plutarque n'avait pas jugé superflu de consacrer à ce sujet une dissertation spéciale, dans laquelle, après avoir bien pesé les qualités qui distinguent l'un et l'autre élément et les services qu'ils nous rendent, il incline vers l'eau, sans toutefois se prononcer avec trop d'assurance ^ Cet exercice de rhétorique est à coup sûr l'une des plus faibles pièces qui soient sorties delà plume du célèbre biographe. De nos jours, la controverse s'est rallumée, mais pour un motif plus sérieux et sur un terrain tout différent. La géologie a eu également ses partisans de l'eau et du feu, ses Xeptioiiefîs eises VidcanienSy suivant qu'on attribue la formation des terrains primitifs à la condensation d'un liquide tenu auparavant en dissolution , ou au refroidissement d'une masse ignée. Je suppose que Tertullien se serait rangé du côté des premiers, s'il faut en juger par le rôle prépondérant qu'il assigne à l'eau dans le système général du monde. Quoi qu'il en soit, le prêtre de Carthage a fort bien compris, comme il le dit lui-même, qu'en s' appesantissant davantage sur ces détails accessoires il finirait par faire de son traité un éloge de l'eau plutôt qu'une apologie du baptême. Toute cette partie du discours tend à prouver que Dieu n'aurait pu choisir un élément plus convenable pour le sacrement de la régénération, et que les eaux ont été présanctifiées en quelque sorte par l'Esprit de Dieu, qui planait sur elles à l'origine des temps, comme
1. Lequel est le plus utile , le feu ou l'eau. Plutarque, trad. d'Amyot, t. II, p. 17G et suiv.
^28 rn.MTK du raptkme.
pour indiquer d'avance la vertu que l'institution divine y attacherait plus tard. Car, dit l'auteui*, la forme du baptême a été prescrite par le Christ aussi bien que la matière, et c'est l'application de l'une à l'autre qui détermine les merveilleux résultats qu'il plaît à Dieu de produire par un acte si simple en apparence K On ne saurait mieux décrire les elTets du rit sacré de l'initiation chrétienne :
({ Aussitôt que Dieu est invoqué, TEsprit-Saint descendu des cieux s'arrête sur les eaux, qu'il sanctifie par sa fécondité: les eaux ainsi sanctifiées s'imprègnent à leur tour de la vertu sanctifiante. D'ailleurs, elles ont un rapport de ressemblance avec le résultat d'une opération si simple : la tache du péché nous avait souillés; les eaux nous lavent de ces souillures. Mais comme les péchés ne paraissent pas dans la chaii-, car personne ne porte sur sa peau la tache de l'idolâtrie, de l'adultère ou du mensonge, ils impriment leur souillure à l'esprit, qui est l'auteur de la faute. C'est l'esprit qui commande; la chair obéit en esclave. Cependant la faute est commune à tous deux, à l'esprit parce qu'il commande, à la chair parce qu'elle obéit. Voilà pourquoi, dès que les eaux ont reçu comme une vertu médicinale par l'intervention de l'ange de Dieu, l'âme y est lavée au moyen du corps, et la chair purifiée parle ministère de l'esprit... Ce qui remédiait autrefois aux vices du corps guérit aujourd'hui l'âme; ce qui rendait la santé dans le temps procure le salut pom' l'éter-
1. « Lex tingendi imposita est et forma prœscripta. « Ite, inquit, docete « nationes, tingeiites eas in nouiine Paths et Filii et Spiritus sancti. » De Baptismo, \iii.
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iiité ; ce qui délivrait un seul liouime chaque année sauve journellement des nations entières, et détruit la mort en lavant les péchés, car le baptême, remettant la faute, remet aussi la peine. Ainsi l'homme est rendu à Dieu, selon la ressemblance de celui qui avait été créé autrefois à l'image de Dieu : l'image s'applique à la forme, la ressemblance à l'éternité. L'homme recouvre, en effet, cet Esprit-Saint que le souille de Dieu lui avait communiqué dans le principe, mais qu'il a perdu ensuite par le péché •. »
Voilà, Messieurs, la doctrine catholique rendue avec un rare bonheur d'expression. L'homme, dit Tertullien, a perdu par le péché l' Esprit-Saint, c'est-à-dire la grâce sanctifiante, qu'il recouvre par le baptême. Il serait difficile d'aflirmer d'une manière plus positive que le sacrement de la régénération a pour effet principal d'efliicer le péché originel qui, pour la postérité d'Adam, consiste essentiellement dans la privation delà grâce sanctifiante. Quant au mode d'opération, rien n'est plus clair que le sentiment de l'auteur. Le sacrement est la cause véritable et immédiate de la grâce : il opère par lui-même, en vertu de l'institution divine, ou, suivant le langage reçu dans l'École depuis le xiii^ siècle, ex opère operato. Car, dit Tertullien, les eaux sanctifiées par l'Esprit de Dieu reçoivent à leur tour la vertu sanctifiante-; c'est au moyen de cette vertu médicinale qui leur vient de Dieu,