‹ Tertullien (volume 4)Chapitre 203 sur 223 · De Baptismo, xx · texte numérisé non relu

De Baptismo, xx

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çante exposait au\ luttes de la foi chaque fidèle à peine baptisé, en l'obligeant à confesser l'Évangile au péril de sa vie. Quoi de plus convenable en pareil cas que d'armer le néophyte de force et de courage, par la réception du sacrement auquel il plaît à Dieu d'attacher cette vertu spéciale? Depuis que le triomphe du christianisme a fait disparaître ce motif, l'Église, agissant dans la plénitude de son pouvoir disciplinaire, recule Fonction du saint chrême jusqu'à l'âge où le jeune chrétien est plus capable d'en comprendre la portée et de s'en approprier l'effet. Dans une instruction plus spécialement adressée aux catéchumènes, Tertullien ne pouvait manquer de décrire le rite sacré que la pratique de son temps joignait d'ordinaire au baptême. Voici ce passage, fort important pour l'histoire de la dogmatique chrétienne :

(( Je ne prétends pas que les eaux nous mettent en possession de la plénitude de l'Esprit-Saint; mais en nous purifiant par le ministère de l'Ange, elles nous disposent à recevoir l'Esprit-Saint... Sortis du bain régénéi'ateur, nous recevons une onction sainte, comme dans l'ancienne loi où le prêtre était élevé au sacerdoce par l'huile qu'on versait sur sa tète. C'est ainsi qu'Aaron fut sacré par Moïse, et que Jésus est appelé Christ, du mot chrême qui désigne l'onction par laquelle Dieu le Père l'a rempli de son Esprit, suivant ce qu'on lit aux Actes des Apôtres : (( Ils se sont assemblés dans cette ville contre votre Fils que vous avez marqué de l'onction. » Ainsi l'onction se pratique sur notre chair, mais elle nous profite spirituellement. De même aussi l'acte du baptême est tout extérieur, puisque le corps seul est plongé dans l'eau;

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mais l'effet en est tout spirituel , puisque nous sommes délivrés du péché. Ensuite on nous impose les mains en invoquant et en attirant sur nous l'Esprit-Saint par une bénédiction... Dans ce moment -là l'Esprit divin quitte le sein du Père pour descendre avec complaisance sur une chair purifiée et bénie; il repose sur les eaux du baptême, comme s'il reconnaissait son ancien trône. Il descendit de même sur le Seigneur sous la forme d'une colombe, pour manifester sa nature par la simplicité et l'innocence de cet animal qui n'a point de fiel. De là ce précepte : soyez simples comme des colombes, précepte qui n'est pas sans rapport avec la figure que je viens d'indiquer. En effet , quand le déluge eut lavé dans ses eaux l'iniquité antique, après le baptême du monde, si j'ose ainsi parler, la colombe échappée de l'arche, et reparaissant plus tard avec un rameau d'olivier, vint annoncer à l'univers que la colère divine s'était apaisée. On sait que parmi les nations elles-mêmes l'olivier est le symbole de la paix. Par une disposition analogue, mais dont l'effet est tout spirituel, aussitôt que notre terre, c'est-à-dire la chair de l'homme sort du bain régénérateur, purifiée de ses anciennes souillures, le Saint-Esprit, céleste colombe venue d'en haut, comme celle qui sortit de l'arche, tigure de l'Église, nous apporte la paix de Dieu \ »

C'est ainsi que l'imagination de Tertullien sait mêler à propos ce que la poésie religieuse a de plus gracieux aux formes sévères d'un traité didactique. La doctrine

i. De Baptismo, vi, vn, viii.

hoU TRAITÉ DU B APTE. ME.

revêt sous sa plume un charme ravissant, en même temps qu'il l'expose avec une rare précision. L'alliance de ces deux qualités, qui s'excluent trop souvent, donne à ses écrits une importance théologique qui n'a d'égale que leur mérite littéraire. Pour échapper à l'argument qui ressort de ce passage en faveur du sacrement de confirmation , nos adversaires ont prétendu qu'il ne s'agit là que d'une pure cérémonie usitée dans l'administration du baptême. Nul doute qu'il n'y ait eu dès l'origine parmi les cérémonies accessoires du baptême une onction qui se pratique encore de nos jours; de même, le rite symbolique de l'imposition des mains n'était pas exclusivement propre à l'acte sacramentel. Mais les paroles de Tertullien ont une signification plus haute et plus précise. L'acte qu'elles désignent possède une vertu spéciale , distincte de celle du baptême, la vertu d'attirer l' Esprit-Saint dans l'âme du néophyte. A la vérité, le néophyte vient de recouvrer la vie dans l'eau de la régénération; mais, continue le prêtre de Carthage , cette ablution salutaire ne fait que préparer la voie à l' Esprit-Saint, qui descendra sur lui par Fonction du saint chrême et l'imposition des mains ^ Ce deuxième acte constitue si bien à lui seul un nouveau sacrement, que Tertullien ne craint pas d'en comparer l'efficacité à celle du baptême : u De même que l'acte du baptême est tout extérieur, quoique l'effet en soit tout spirituel, ainsi l'onction se pratique sur la chair, mais elle

i. « In aqna cmundati, Spiritui sancto prœparamur — superventuro Spirîtui sancto vias dirigit ablutionc delictorum. » vr. — Il y a donc préparation à un deuxième acte, qui aura pour résultat une nouvelle effusion de l'Esprit-Saint.

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nous profite spirituellement ^ » Certes, s'il n'avait pas attribué à l'onction du saint chrême et à l'imposition des mains le caractère d'un véritable sacrement, il n'aurait pas osé comparer la vertu d'une simple cérémonie accessoire aux effets du baptême, qu'il célèbre avec tant de pompe et d'enthousiasme. Ce qui pourrait tromper un lecteur superficiel, c'est que l'auteur passe sans transition du baptême à la confirmation ; mais la raison en est toute simple, puisqu'au ii*' siècle l'un et l'autre se conféraient en même temps.

Après avoir décrit la matière, la forme et les effets du baptême, TertuUien résout diverses questions qu'on agitait dans l'Église d'Afrique. Il détermine fort bien le caractère du baptême de saint Jean, en montrant que ce rite transitoire disposait à recevoir la grâce , mais ne la communiquait point. Sans doute il se trompe lorsqu'il prétend que l'esprit de prophétie avait abandonné le Précurseur députant ses disciples vers Jésus -Christ pour lui demander s'il était le Messie. Cette démarche doit s'expliquer par un motif tout difféî'ent. En fournissant au Sauveur une occasion d'affirmer publiquement sa mission, saint Jean voulait que les envoyés pussent recueillir cette déclaration de la bouche même de celui qu'il leur avait annoncé '-. Les adversaires de la nécessité du baptême avaient coutume de soulever une autre difficulté : Le Seigneur est venu , et il n'a point baptisé ; nous ne voyons pas non plus que les apôtres aient reçu le baptême, à l'exception de saint Paul ; donc le sacrement de la

1. «( Sic et in nobis carnaliter currit unctio, sed spiritaliterproficit. » vu,

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