Tusculniies, I. i, tO
Nous devons accomplir le devoir parce que c'est le devoir, pratiquer la vertu parce que Dieu la commande. Le motif principal de notre conduite doit se tirer de la loi elle-même, de nos obligations envers Dieu, tne activité morale d'où l'amour de Dieu comme source de la justice serait complètement absent n'aurait aucune valeur pour le salut. Voilà pourquoi Tertullien commence par rappeler aux martyrs que leur caractère de chrétien les oblige à confesser leur foi même au péril de la vie. Mais le sentiment du devoir n'exclut pas l'espoir de la récompense attachée à son accomplissement. Exiger de l'homme qu'il se dépouille tout à fait de sa personnalité, qu'il pratique le bien sans aucune espèce de retour sur lui-même, sur son intérêt propre, ce serait méconnaître les besoins et les conditions de la nature humaine. Nul doute que, dans un moment donné, il ne soit possible de sacrifier la vie en ne s'inspirant que du pur amour de Dieu, en dehors de toute espérance d'un bonheur futur; mais ce désintéressement absolu ne saurait être le fait ordinaire, l'état habituel de l'âme. L'homme aspire invinciblement au bonheur, et la théorie morale la plus puissante pour déterminer la volonté à la pratique du bien est celle qui répond le mieux à cet instinct général, en même temps qu'elle cherche dans l'idée de la justice et dans l'amour de Dieu son motif le plus élevé. De là cette fécondité merveilleuse que déployait l'Évangile. Si les martyrs affrontaient la mort avec tant de courage, c'est que l'attente d'une récompense éternelle les soutenait dans un sacrifice dont l'amour divin était le principe.
Après avoir fait briller aux yeux des confesseurs de la
foi la couronne qui leur est réservée dans le ciel , Tertullien leur rappelle les maux inséparables de la nature humaine, et les souffrances que l'homme n'hésite pas à endurer pour servir une cause politique. Il en conclut que la douleur n'a rien qui doive nous effrayer : la cause de Dieu mérite au moins autant de sacrifices que les intérêts de la terre.
(( 11 suffit d'envisager notre condition pour trouver même dans les maux qui arrivent malgré nous un motif de souffrir avec courage. Que de victimes consumées vivantes par l'incendie! Combien d'hommes dévorés par les bêtes féroces au fond des forêts , ou jusqu'au milieu de nos cités par celles qui s'échappent de leurs barrières! Combien qui ont succombé sous le poignard des brigands! combien qui ont été attachés à une croix par leurs ennemis, torturés d'abord et accablés de toutes sortes d'outrages ! Pas un qui ne puisse souffrir pour un homme ce qu'il hésite à souffrir pour la cause de Dieu! Le temps présent le proclame assez haut. Combien de personnages de la plus haute distinction périssent d'une mort que ne faisaient présager ni leur naissance, ni leur dignité, ni leur tempérament, ni leur âge ; et cela, pour qui? pour un homme : par ses mains, s'ils l'ont combattu; par la main de ses adversaires, s'ils ont pris son parti * ! )>
Ces paroles de Tertullien font allusion aux événements qui se passaient alors dans l'empire romain. Trois compétiteurs venaient de se disputer le pouvoir, Sep-