Ad Martyres^ vi
time Sévère, Pesceniiius Niger et Albinus; et chacun d'eux avait exercé des vengeances terribles contre les partisans de l'autre. Certes, la cause de Dieu méritait plus de dévouement que celle d'un homme. C'est par ce dernier argument que TertuUien termine son exhortation aux martyrs.
Toutes les qualités de l'orateur africain s'annoncent déjà dans cette pièce, une des premières qui soient sorties de sa plume, et l'on n'y remarque aucun des défauts qui déparent quelques-unes de ses productions. Le ton en est simple, bien que toujours soutenu par la grandeur du sujet. Nulle trace de déclamation ou d'enflure. Élévation des pensées, vigueur du style, justesse du raisonnement, tout se réunit pour assurer à ce discours un rang distingué parmi les œuvres de Tertullien. Mais ce qui frappe surtout lorsqu'on parcourt ces belles pages, c'est la profondeur du sens chrétien qu'elles révèlent, cet enthousiasme d'une grande âme qui sait comprendre et admirer la beauté morale du sacrifice. Et cependant ce n'est là que le premier pas de Tertullien dans la carrière de l'éloquence : à mesure que nous avancerons dans l'étude de ses écrits, nous y découvrirons plus d'ampleur et de force, jusqu'au moment où les nuages de l'erreur obscurcissant cette belle intelligence, voileront ses qualités pour mettre à nu ses défauts.