Ibid., 1. Ti, c. VII. — 4. Ibid., 1. 1, c. vn
Il n'est pas d'écrivain de l'antiquité profane ou sacrée chez lequel fourmillent davantage les mots heureux, les passages bien frappés, et je comprends que Bossuet ait conseillé au cardinal de Bouillon l'étude des écrits de Tertullien, comme éminemment propre à fournir au discours ces pensées lumineuses et fécondes qui prêtent tant au développement oratoire.
Mais revenons aux deux livres adressés à la gentilité. Après avoir flétri l'iniquité de la procédure dirigée contre les chrétiens, l'apologiste africain fait ressortir tout ce qu'il y a de déraisonnable dans la conduite de leurs adversaires. Tandis que les sectes philosophiques ont toute liberté pour attaquer les coutumes et les cérémonies païennes, on ne reconnaît pas même aux disciples de l'Évangile le droit de pratiquer un culte auquel leur conscience les oblige. De plus, les partisans du polythéisme ferment volontairement les yeux sur un fait palpable qui devrait servir à les éclairer. Ils conviennent eux-mêmes que la pratique de l'Evangile produit des effets merveilleux sur la conduite de leurs fils , de leurs femmes , de leurs esclaves. Eh bien, loin de se sentir portés à s'instruire dans une doctrine dont ils voient les résultats, ils redoublent de haine contre ceux qui l'enseignent ou la professent. « Tel mari qui, auparavant, ne pouvait entendre les rats trotter dans l'appartement sans frémir et sans concevoir des soupçons sur la vertu de sa femme, aime mieux la voir coupable que de la savoir chrétienne. » Voilà jusqu'où l'on pousse les préventions. Pour échapper à l'argument qui ressort de la vertu des chrétiens , on aime à se rejeter sur les désordres partiels qui ont pu se
glisser parmi eux; mais on parle ainsi pour s'étourdir soimême K J'aime, Messieurs, à citer la réponse de Tertullien, parce qu'elle réfute à merveille une objection qu'on rencontre le plus souvent dans la bouche de ceux qui devraient être les derniers à la faire.
(( Nous ne contesterons pas au sujet de quelques-uns les vices que vous leur reprochez; il suffit, pour absoudre notre nom, que nous ne soyons pas tous vicieux, qu'il n'y ait de coupables qu'un petit nombre. Prenez le corps le plus beau, le plus pur, il s'y trouvera toujours quelque défaut ou quelque imperfection, ne serait-ce qu'une verrue ou une lentille. Le ciel lui-même ne brille jamais d'une sérénité assez complète pour qu'on n'y voie pas flotter quelques vapeurs légères. Une petite tache sur le front ne sert qu'à mieux faire ressortir la blancheur et la netteté de tout le visage. L'exception, dans ce qu'elle a de défectueux, rend témoignage à la bonté de la règle. En prouvant que quelques-uns des nôtres sont vicieux, vous ne démontrez pas que les chrétiens le soient également. Demandez plutôt quel mal on peut reprocher à la société elle-même. Vous l'avouez bien dans les conversations que vous tenez contre nous. Pourquoi un tel, dites-vous, est-il sans probité, puisque les chrétiens sont si honnêtes? D'où vient qu'il est dur, tandis que les autres sont miséricordieux ? Tant il est vrai que vous rendez témoignage à la vertu des chrétiens, puisque si vous en trouvez un qui soit vicieux, vous vous eu étonnez... On n'est pas telle ou telle chose, parce que l'on s'appelle de ce nom; mais plu-