‹ Tertullien (volume 4)Chapitre 48 sur 223 · De Nat. deorum, m · texte numérisé non relu

De Nat. deorum, m

qu'elles ne l'ont nourri ou développé. Ce morceau, qui forme la péroraison du IP Discours aux nations, était une réponse victorieuse au préjugé que les Romains avaient conçu touchant les causes de leurs succès politiques.

({ Si ce sont les dieux qui ont donné la prééminence à Rome, pourquoi Minerve n'a-t-elle pas défendu Athènes contre l'invasion de Xerxès? D'où vient qu'Apollon n'a pas arraché Delphes des mains de Pyrrhus? Quoi! ils auraient conservé l'empire romain sans pouvoir protéger le leur! Non, la grandeur de Rome n'est pas le prix de son respect pour ces dieux, puisque ce respect est postérieur à son élévation. Car, quoique Numa soit le premier auteur de vos superstitions, néanmoins vous n'aviez de son temps ni statues ni temples pour égarer votre zèle pieux. La religion était sobre, les cérémonies simples : on voyait seulement quelques autels en gazon, des vases grossiers, un peu de fumée qui s'en échappait, mais le dieu ne paraissait nulle part. En un mot, les Romains n'étaient pas superstitieux avant d'être grands; ils ne sont donc pas grands parce qu'ils étaient superstitieux. Et d'ailleurs, je le demande, comment le respect des Romains pour les dieux et leurs scrupuleux hommages leur auraient-ils valu l'empire, puisque cet empire n'a pu s'accroître que par le mépris des dieux? En effet, si je ne me trompe, les royaumes et les empires s'établissent par les guerres, s'agrandissent par les victoires. Or les cités ne peuvent être ruinées sans que les dieux en souffrent. Les murailles et les temples s'écroulent à la fois; le sang des prêtres se mêle à celui des autres citoyens ; les mêmes mains enlèvent l'or sacré et For profane. Autant de trophées des

Romains, autant de sacrilèges; autant de victoires sur les peuples, autant de triomphes sur les dieux. Les simulacres de ces derniers sont également tenus en captivité. Si donc elles sont douées de sentiment, ces divinités ne doivent pas aimer les auteurs de pareils outrages. Mais non, l'on outrage impunément, de même qu'on adore vainement des dieux qui ne sentent rien. Ainsi, vous ne pouvez faire honneur à la religion des Romains de leur grandeur, puisqu'ils n'ont pu s'agrandir qu'en outrageant la religion. Chaque nation a possédé l'empire à son tour, les Assyriens, les Mèdes, les Perses, les Égyptiens. J'en pourrais citer d'autres encore. Cependant ceux qui ont perdu l'empire, n'étaient ni sans religion ni sans culte : ils cherchaient, eux aussi , à se rendre les dieux propices. Toutes les dominations sont tombées l'une après l'autre. Ainsi le veulent les révolutions. Cherchez qui a réglé ces vicissitudes du temps. C'est toujours le même Dieu qui distribue les empires, et qui maintenant réunit toutes les couronnes sur la tête des Romains, à peu près comme l'on rassemble dans un coiïre-fort d'immenses sommes d'argent levées sur les nations. Qu'est-ce que Dieu a statué sur leur sort? Ceux qui sont auprès de lui le savent ^ »

Tertullien est bien éloigné de nier que la Providence règle le sort des empires, et que la pratique sincère de la vraie religion puisse être une source de prospérités matérielles pour les peuples; il se borne à démontrer que les Romains polythéistes ne pouvaient attribuer

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