‹ Tertullien (volume 4)Chapitre 62 sur 223 · Sénèque, de Beneficiis, 1. m · texte numérisé non relu

Sénèque, de Beneficiis, 1. m

128 l'apologktiqle.

la manie de l'apothéose chez les premiers empereurs romains présente à certains égards les symptômes d'une véritable folie, je dirai néanmoins que leur conduite était plus logique qu'on ne le pense d'ordinaire. Ne perdons pas de vue le caractère politique de la religion des Romains. En réalité, la véritable divinité de Rome, c*était Rome elle-même, Rome qui faisait et qui défaisait les autres dieux à son gré. C'est à elle, à la patrie déifiée, que le citoyen doit son culte et l'hommage de tout son être. Les dieux de l'Olympe n'ont de valeur pour lui que parce que Rome les a adoptés : cette reconnaissance est le seul titre qu'ils aient à sa vénération. Pour le Grec, esclave de l'art et de la forme, le dieu suprême, c'est la nature dont l'homme reste l'expression la plus brillante ; aux yeux du Romain, avide de gloire et de domination, c'est la patrie : les autres dieux ne sont que secondaires auprès de cette divinité principale, à laquelle il sacrifie sa vie terrestre, puisque ses espérances ne vont pas au delà. Lors donc que la patrie se fut absorbée dans un homme, et que le peuple romain s'appela tour à tour Auguste, Tibère, Néron, Galigula, la divinité de Rome passa tout naturellement à celui qui en était le résumé et l'incarnation vivante. L'apothéose impériale devenait la conséquence logique de tout le système. Dès lors il fallait bien reconnaître le nouveau dieu, jurer par son génie ou par sa fortune, sacrifier en son honneur, sous peine de se rendre coupable du crime de lèse-majesté divine et humaine. Quand Galigula menaçait Jupiter de le renvoyer au pays des Grecs, si le dieu continuait à faire la sourde oreille, il se formait une idée fort juste de son pouvoir. Qu'était-ce que

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Jupiter auprès du maître des nations? un décret de César pouvait le reléguer au rang des simples mortels. Aussi Valère Maxime résumait-il assez bien le sentiment général en disant : « Nous avons laissé là le reste des dieux, pour nous en tenir aux césars ^ » Voilà, Messieurs, le grand obstacle contre lequel venait se heurter la religion chrétienne. En refusant de rendre un culte religieux à César, ses adhérents ne pouvaient échapper à l'accusation de lèse -majesté. Qu'est-ce donc qu'il Mlait faire pour se disculper de ce grief formidable ? Distinguer les deux majestés, divine et humaine; montrer que l'empereur n'a rien qui dépasse les conditions de l'humanité, qu'il a droit à une soumission pleine et entière dans les choses de l'ordre temporel , bien que son pouvoir expire au seuil de l'âme. C'était sans contredit la partie la plus délicate de l'apologétique chrétienne; mais je dois ajouter que nul autre sujfet n'inspira aux défenseurs de l'Évangile un langage plus noble ni plus élevé. Avant d'écouter la réponse de Tertullien, permettez-moi de vous montrer par un exemple comment l'accusation de lèse -majesté se formulait devant les magistrats de l'empire.

Choisissons à cet effet les actes proconsulaires des martyrs scillitains, document respectable entre tous par son authenticité. Aucune pièce ne saurait avoir plus de rapport avec Y Apologétique de Tertullien, qui parut l'année même où ces douze confesseurs de la foi furent exécutés à Carthage; car c'est dans cette ville que le proconsul \igellius Saturninus les avait faire conduire du

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