‹ Tertullien (volume 4)Chapitre 70 sur 223 · Panégyrique de Trajan, \i · texte numérisé non relu

Panégyrique de Trajan, \i

LE crimf: de lèse-majesté. l/ll

qui ne rappelle que des idées de puissance? Voyez les chefs des familles : ils en sont appelés les pères plutôt que les seigneurs. Le nom de Dieu convient ])ien moins encore à l'empereur. Ce n'est qu'à la plus honteuse comme à la plus funeste flatterie qu'il appartient de le lui décerner. Tandis que vous avez un empereur, irezvous saluer de ce titre quelqu'un de ses sujets? Par ce sanglant et impardonnable outrage, n'attireriez -vous pas la vengeance de l'empereur sur votre tête , peutêtre même sur la tète de celui que vous auriez honoré de ce nom? Commencez par respecter la divinité, si vous voulez qu'elle protège l'empereur. Si cette basse et sacrilège adulation ne rougit pas du mensonge, qu'elle redoute du moins de sinistres présages : c'est conspirer contre la vie de César que de l'appeler dieu avant son apothéose ^ »

En rappelant que le sénat avait coutume de n'élever au rang des dieux que les princes déjà morts, Tertullien défendait avec beaucoup d'habileté les chrétiens qui refusaient de jurer par le génie des empereurs vivants. Il est vrai que la plupart des césars ne s'étaient pas fait faute de se décerner l'apothéose eux-mêmes. Ainsi, Domitien avait exigé que les lettres officielles de ses procurateurs commençassent par cette formule : Dominusac Deus nostcr hœc fieri jubet ,• et nul ne pouvait lui écrire ni lui parler sans lui donner ces titres -. En disant que les littérateurs et les hommes d'État nourrissaient dans l'esprit des empereurs romains ce monstrueux orgueil qui les por-

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