Cinquième avertissement aux protestants, p
des fidèles sous les empereurs romains, autant j'approuve l'idée de la Liguç, abstraction faite des passions étrangères et des ambitions personnelles qui ont pu s'y mêler. Les premiers chrétiens vivaient sous un gouvernement païen, établi avant eux, auquel par conséquent ils devaient l'obéissance dans l'ordre civil, et qu'ils n'auraient eu aucun droit de renverser : toute rébellion de leur part contre un pouvoir abusif sans doute, mais légitime au fond, eût été une agression injuste. Leur devoir était de respecter un ordre de choses consacré par la coutume et consenti par le peuple. Mais telles ne sont pas les conditions dans lesquelles s'est formée la Ligue. Au lieu de s'attaquer à ce qui existait depuis des siècles, elle avait un caractère purement conservateur et défensif : elle voulait maintenir intacte contre une innovation radicale, contre l'agression d'une minorité factieuse, l'ancienne constitution de l'État, en vigueur depuis plus de mille ans et écrite dans le cœur des Français, d'après laquelle aucun prince hérétique ne pouvait monter sur le trône de Clovis, de Gharlemagne et de saint Louis. Là-dessus, clergé, noblesse et tiers état, parlement et Sorbonne, tous les grands corps du royaume, à part quelques novateurs qui s'insurgeaient contre le droit, n'avaient qu'un seul et même sentiment. Les catholiques se trouvaient dans un cas de légitime défense : ils soutenaient la tradition, les lois établies. Voilà pourquoi s'il y a eu dans l'histoire un mouvement de résistance légale, c'est la Ligue. Henri IV finit par le reconnaître, et sa plus belle victoire, c'est d'avoir cédé à ses adversaires vaincus. Il n'y a donc pas la moindre analogie entre les deux faits dont je parle. Les
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premiers chrétiens ne pouvaient, sans manquer à leur devoir, attaquer un pouvoir qui s'était fait sans eux et avant eux; et les catholiques de l'ancienne France devaient, sous peine de renier leur droit, défendre un pouvoir qui s'était établi avec eux et par eux. Les uns et les autres étaient animés du même esprit et s'inspiraient des mêmes principes. Nous pouvons applaudir au dévouement généreux de nos pères sans être obligés d'abandonner, comme l'ont fait les théoriciens de la Réforme dans l'intérêt de leur cause, les doctrines et la pratique de l'Église primitive.
Tertullien avait démontré aux magistrats romains que l'État n'a rien à redouter de la part d'hommes qui, loin de former une ligue hostile, rangent parmi leurs devoirs les plus sacrés la soumission aux pouvoirs établis. A quoi donc, leur dit-il, s'applique ce que vous appelez la faction chrétienne? Je vais vous l'apprendre :
« Unis ensemble par le nœud d'une même foi, d'une même espérance, d'une même morale, nous ne faisons qu'un corps. Saintement ligués contre Dieu, nous l'assiégeons de nos prières, afin de lui arracher par une violence qui lui est agréable ce que nous demandons. iNous l'invoquons pour les empereurs, pour leurs ministres, pour toutes les puissances, pour l'état présent du siècle, pour la paix, pour l'ajournement de la catastrophe dernière. Nous nous assemblons pour lire les écritures, où nous puisons, selon la circonstance, les lumières et les avertissements dont nous avons besoin. Cette sainte parole nourrit notre foi, relève notre espérance, affermit notre confiance, et resserre de plus en plus la discipline en inculquant le précepte. C'est là que se font les exhor-
tations et les corrections, là que se prononcent les censures au nom de Dieu. Pénétrés de cette pensée que Dieu nous regarde, nous jugeons avec maturité, et c'est un terriblepréjugépour le jugement futur, quand quelqu'un a mérité d'être banni de la communion des prières, de nos assemblées et de tout ce saint commerce ^ Des vieillards président ; ils parviennent à cet honneur, non par l'argent, mais parle témoignage d'un mérite éprouvé. Rien de ce qui concerne les choses de Dieu ne s'achète : si l'on trouve chez nous une espèce de trésor, on ne peut pas nous reprocher d'avoir vendu la religion pour l'amasser. Chacun apporte tous les mois son modique tribut, lorsqu'il lèvent, s'il le veut, et dans la mesure de ses moyens : personne n'y est obligé ; rien de plus libre que cette contribution. C'est là comme un dépôt de piété qui ne se consume point en festins, en débauches, en stériles prodigalités; il n'est employé qu'à nourrir et à enterrer les indigents, à soulager les orphelins délaissés, les domestiques cassés de vieillesse, les naufragés... Une telle réunion d'hommes probes, pieux et chastes, n'est pas une faction; on doit l'appeler un sénat -. »
Ce magnifique tableau de la vie des premiers fidèles confirmait à merveille le raisonnement de Tertullien ; car les conspirateurs ne se recrutent point parmi de tels hommes, et la société civile n'a pas de plus fermes soutiens que ceux dont les vertus garantissent la fidélité. Quand on quitte les descriptions qu'ont faites de
1. On voit par la quelle grande place rexcommunication occupait dan-^ ri'glisc primitive, et quelle idée on se faisait de sa gravité et de ses effets.