‹ Tertullien (volume 4)Chapitre 82 sur 223 · Apilog., xvii-xxiv. — 2, i4po/of7., \i.m-i · texte numérisé non relu

Apilog., xvii-xxiv. — 2, i4po/of7., \i.m-i

On s'est plu quelquefois à représenter l'apologiste africain comme déniant à la raison naturelle ses droits légitimes et sa vraie puissance. L'esprit de parti, toujours prompt à forcer le sens des mots et à se faire une arme de ce qui semble prêter à la critique, s'est prévalu de quelques tirades véhémentes contre les philosophes de l'antiquité pour ériger Tertullien en adversaire de la philosophie elle-même. Rien ne paraît moins juste que cette appréciation, lorsqu'au lieu de s'arrêter à quelques expressions un peu dures, on veut bien tenir compte de l'ensemble des doctrines. iVutre chose est la philosophie, autre chose les systèmes philosophiques imaginés par les chefs des différentes écoles : on peut signaler ce qu'il y a d'incomplet et de défectueux dans ces théories, sans condamner pour cela ce qui est en dehors et au-dessus de toute spéculation individuelle. Certes, Tertullien ne ménage pas les reproches à ces hommes qui, au lieu de suivre les lumières du bon sens et de la tradition , ont préféré se perdre dans les rêves d'une intelligence éprise d'elle-même; mais, en accusant les maîtres de la science païenne d'avoir entassé erreurs sur erreurs, il est loin d'incriminer l'âme humaine qu'un mouvement naturel incline vers la vérité, ^ul n'a mieux démontré l'harmonie des principes de la foi avec le témoignage instinctif, spontané de l'âme ; et le soin qu'il met à dégager le caractère ou les bases rationnelles de la religion chrétienne, n'est pas un des côtés les moins remarquables de ce grand écrivain.

Le point capital de la controverse avec les païens restait toujours le dogme de l'unité de Dieu. Pour op-

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poser à leurs adversaires des témoignages non suspects, les apologistes des deux premiers siècles avaient coutume de parcourir les monuments de la littérature ancienne , et de recueillir dans les écrits des philosophes ou des poètes tous les passages favorables à la doctrine d'un Dieu unique. Saint Justin, en particulier, employait cette méthode qui, à défaut d'une rigueur absolue , avait du moins le mérite d'une valeur relative *. Mais il en était résulté ce qui arrive souvent en pareil cas : dociles à suivre leurs maîtres dans la voie de l'erreur, les païens refusaient de se laisser guider par eux sur le chemin de la vérité. C'est pourquoi, sans blâmer le mode de démonstration adopté par ses devanciers, Tertullien laisse de côté un travail d'érudition dont il n'attend pas beaucoup de fruit. Il invoque hardiment un témoignage nouveau, un témoignage, dit-il, plus connu que toutes les littératures, plus répandu que toutes les sciences , plus célèbre que tous les systèmes, plus grand que l'homme tout entier, ou du moins qui constitue la plénitude de l'homme : c'est le témoignage de l'âme, mais de l'âme rendue à sa simplicité primitive, et non pas telle que l'ont faite les préjugés de race ou d'éducation.

a Viens donc, ô âme humaine, s'écrie-t-il, comparais devant nous, soit qu'il faille avec plusieurs philosophes te reconnaître pour une substance éternelle et divine , et par là même d'autant plus incapable de mentir; soit qu étrangère à la divinité, tu n'aies rien que de mortel,

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