‹ Tertullien (volume 4)Chapitre 86 sur 223 · De Testimonio animœ, v · texte numérisé non relu

De Testimonio animœ, v

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je conçois qu'on puisse être tenté de lui imputer une pareille erreur, lorsqu'on lit ses invectives trop violentes contre les philosophes de l'antiquité , auxquels il prodigue les épithètes les moins flatteuses ^ L'école d'Alexandrie a mieux compris le rôle providentiel qu'avait joué la science du vieux monde dans la préparation du règne de Dieu; TertuUien est moins frappé des qualités que des défauts qui distinguent la spéculation hellénique. A la vue du panthéisme qui s'agitait sous diverses formes dans les écoles de la Grèce et de Rome , il se retranche dans le sens commun, il s'attache à cet allquid inconcussum de l'âme humaine qui défie le doute et se rit de l'attaque; il n'hésite pas à préférer les données de la sagesse vulgaire aux élucubrations des faiseurs de systèmes. L'homme du peuple, qui se porte vers Dieu par l'élan naturel de sa pensée, lui paraît plus rapproché de la vérité que le savant qui se perd dans les rêves orgueilleux de son esprit. Si l'apologiste africain interroge l'âme humaine de préférence aux philosophes, c'est que l'âme n'est d'aucun parti, et n'appartient pas plus à une école qu'à une autre ; elle est identique sous tous les climats, et tient à chacun le môme langage, pourvu qu'on ne cède pas à l'empire des préjugés ou des passions. Il est impossible d'affirmer plus clairement les forces radicales de la raison; et je doute fort qu aucun Père de l'Eglise ait mieux marqué la correspondance naturelle qui existe entre l'intelligence humaine et la vérité. Pour achever de vous faire connaître la pensée de TertuUien sur ce

<• 1. « Philosophus glorise animal. » De Anima, i. — « Philosophis, patriai'chis, ut ita dicam, haereticorum. » Ibid.y m.

point, vous me permettrez de vous lire la péroraison du discours que nous examinons.

« Si vous avez des doutes sur vos propres monuments, dit-il aux païens, ni Dieu ni la nature ne savent mentir. Or, pour croire à la nature et à Dieu, croyez à votre àme : par elle, vous croirez à vous-mêmes... Puisque vous craignez de devenir chrétiens, interrogez-la! Demandez-lui pourquoi elle invoque le vrai Dieu pendant qu'elle en adore un autre ? pourquoi elle nomme les démons alors qu'elle maudit les esprits malfaisants? pourquoi elle prend à témoin le ciel et déteste la terre ? pourquoi , esclave ici, elle cherche là une main qui l'affranchisse? pourquoi elle juge les morts? pourquoi elle parle le langage de ces mêmes chrétiens qu'elle ne veut ni voir ni entendre? pourquoi elle nous a transmis ce langage ou l'a reçu de nous? pourquoi elle nous l'a enseigné ou l'a appris ellemême? Sachez-le bien, cette uniformité de prédication, lorsque d'ailleurs notre manière de vivre est si différente, cache quelque mystère. Quelle puérilité que d'attribuer ce concert aux langues grecque et romaine , qui sont sœurs, pour nier l'universalité de la nature î Ce n'est pas pour les Latins ni pour les Grecs seuls que l'âme tombe du ciel. L'homme est partout le même, le nom seul varie. Une seule et même àme, une langue différente ; un seul esprit, des sons divers. Chaque peuple a son idiome particulier, mais la matière du langage est commune à tous. Partout Dieu, et partout la bonté de Dieu ; partout le démon, et partout la malédiction du démon; partout l'invocation du jugement de Dieu, partout la mort, partout la

conscience de la mort et partout son témoignage. Bref, I. iti

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toute âme use de son droit pour proclamer des vérités qu'il ne nous est pas même permis de murmurer. C'est donc à juste titre que nous appelons l'âme un complice et un témoin : complice de l'erreur, elle rend témoignage à la vérité. Qu'aura-t-elle à répondre quand elle sera debout devant le tribunal de Dieu au jour du jugement? Tu prêchais Dieu, et tu ne l'as point cherché; tu maudissais les démons, et tu les adorais; tu en appelais au jugement de Dieu, et tu n'y as point ajouté foi; tu pressentais les supplices de l'enfer, et tu n'as point songé à les éviter; tu pensais comme un chrétien, et tu as persécuté le nom chrétien ^ »

Pour résumer sous une forme expressive ces arguments empruntés au sens intime, Tertullien les avait appelés, dans Y Apologétique , les témoignages de Vâme naturellement chrétienne '-. Cette locution hardie rend à merveille la doctrine que nous venons d'exposer. Assurément, il serait peu juste de vouloir y chercher une confusion de l'ordre naturel avec l'ordre surnaturel. L'apologiste ne prétend nullement que l'âme tire de son propre fonds ce qui la fait entrer en participation de la grâce et de la doctrine du Christ. Dans l'opuscule même qui nous occupe, il répète à diverses reprises que l'âme ne naît pas chrétienne, mais le devient \ 11 s'agit donc de renfermer la proposition dans les limites que son auteur a voulu lui assigner : alors elle présente à l'esprit un sens exact et précis. D'après Tertullien, l'âme est naturellement chré-

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