De Spectac, xvi, xrx
"2X1) LA QUESTION Dl IHKATRF
mêmes que pose le moraliste africain. C'est avec une profonde sagacité qu'il démêle le but ordinaire des représentations théâtrales, qui est d'émouvoir et d'exciter les passions :
« Il n'y a pas de spectacle qui ne trouble l'âme. Là où il y a plaisir, il y a passion, autrement on ne savourerait pas le plaisir. Là où il y a passion arrive la jalousie ; autrement la passion serait insipide. Or la jalousie traîne à sa suite la fureur, la vengeance, la colère, la douleur et tout le cortège des passions incompatibles avec la discipline chrétienne. Je suppose même qu'une personne assiste aux spectacles avec la modestie et la gravité que donnent les fonctions , l'âge ou le naturel : ne croyez pas cependant que l'âme demeure immobile et sans quelque secrète agitation. On n'éprouve point un plaisir sans en être affecté ; on ne cède point à cette affection sans en ressentir les effets; ces effets à leur tour aiguillonnent l'affection. D'ailleurs, si l'affection languit, point de plaisir : dès lors, quelle coupable inutilité que de se rendre en un lieu d'où l'on ne retire aucun profit! Car une action vaine ou stérile ne nous convient pas, que je sache. Il y a mieux : on se condamne soi-même en venant s'asseoir parmi ceux dont on se déclare l'ennemi par là même qu'on ne veut point leur ressembler ^ »
Ainsi, d'après Tertullien, le résultat direct et immédiat du théâtre , c'est d'exciter les passions dans l'âme du spectateur. On prend part à ces divertissements pour se créer des émotions; et lors même qu'on ne les y cher-