‹ Tertullien (volume 4)Chapitre 99 sur 223 · OIS · texte numérisé non relu

OIS

LA OliESTin\ i)U THEATRE

mêler le poison nvoc le fiel ou rellébore. On l'associe, pour le rendre plus funeste, à des breuvages qui flattent le goût par leur douceur. Ainsi en use le démon. Il cache son venin mortel dans les créatures de Dieu qui nous sont les plus agréables et les plus chères. Conséquemment, la force, l'honnêteté, l'harmonie, l'adresse qu'on admire dans les spectacles, tout cela n'est qu'un rayon de miel empoisonné. Craignez moins les appétits grossiers de la gourmandise que ce qui caresse doucement le palais !* » Ici le moraliste chrétien est au vif de la question. Il ne s'agit pas, en effet, de discuter longuement si l'on doit réprouver les représentations théâtrales où la licence des mœurs se montre à découvert : cela ne saurait faire l'objet d'un doute pour une âme honnête. Ce qui a donné lieu à de plus vives controverses, ce sont les pièces qui mettent en scène les passions du cœur sans but immoral, ou qui, pour montrer le danger des sentiments criminels, ne craignent pas d'en étaler le langage et l'expression sous les yeux des spectateurs. On se demande si l'effet de ces peintures vivantes, de ces tableaux en actes est salutaire ou funeste. Comme nous venons de le voir, Tertullien ne trouve pas un moindre péril dans ce qui insinue le feu de la passion par des voies délicates que dans l'apothéose révoltante du vice. Bossuet est du même avis. Après avoir flétri, comme elles le méritent, ces pièces où la vertu est tournée en ridicule tandis que le vice y est paré des plus belles couleurs; ces opéras où la corruption réduite en maximes trouve à son service des chants qui

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