SA NATURE ET SA VALEUR
si les Églises avaient erré sur la doctrine, il y aurait eu nécessairement de la variété dans ces erreurs. Non, ce qui ae trouve le même parmi un grand nombre n'est point erreur, mais tradition. Qu'on ose donc soutenir qu'ils ont erré ceux qui ont transmis la foi* I »
Certes, l'expérience confirmait à merveille le principe de TertuUien. En faisant ressortir par un contraste frappant la merveilleuse unité de l'Église catholique, les divisions des sectes entre elles et leurs variations sur la doctrine prouvaient qu'il est dans la nature de l'esprit humain de se partager en mille opinions diverses, du moment qu'il se laisse entraîner par l'erreur. Seule, la vérité est capable de rallier autour d'elle, dans l'identité d'une même croyance, une multitude d'hommes disséminés sur toute l'élendue de la terre. Conséquemment, où règne cet accord parfait, là existe la vérité ; or l'Église seule présente cet accord ; en dehors d'elle il n'y a que schisme et division. Parla se trouvait écartée la troisième objection que faisait l'hérésie dans le but d'éluder à l'avance l'argument de prescription. Libre de ce côté, TertuUien va reprendre son raisonnement primitif. Vous avez vu tout à l'heure à quels termes il le ramène. Nous sommes, disait-il, en possession de la vraie doctrine, parce que nous remontons jusqu'aux apôtres, qui l'ont transmise, et que notre enseignement est conforme au leur. Vous, au contraire, vous sectaires, vous n'avez aucun droit à la succession apostolique; car, d'une part, vous êtes des nouveaux venus, et de l'autre, vos opinions, bien loin de s'accorder avec le sentiment des
1. De Prœscript., xwm. On voit par là combien Ritter a raison de dire, au sujet de TertuUien, qu'il est impossible de tenir plus fortement à l'unité de doctrine et à l'unité de l'Église. CGesc/iiC/iie der Christlichen Philosophie, von Df Heinrich Ritter, erster Theil, p. 68, Hambourg, 1841.)
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apôtres, ont été anathématisées par eux. Voilà ce (|uil suflii d'établir pour confondro à jamais toutrs 1rs liénsies, quels qu'en soient le nom et la provenance.
Ici, Messieurs, TertuUien s'appuyait sur un lait notoire, palpable, la nouveauté des hérésies. Comment la contester? Personne n'ignorait (pie Valentin, Marcion, Apelle, Hermogène et les autres hérétiques du deuxième siècle, ne remontaient pas à l'époque des apôtres. Ils avaient quitté le sein de l'Église; donc l'Église existait avant eux. Ils mutilaient l'i corrompaient les Écritures; donc ils étaient postérieurs aux Écritures. Dès lors, quel moyen de se rattacher aux apôtres:' par quel lien? par quel intermédiaire? en vertu de quelle tiliation apparente ou réelle? La nouveauté des hérésies suffisait pour leur condamnation. Car enfin, comme le dit l'éloquent prêtre de Carthage, en toutes choses la vérité précède l'image, l'ombre suit le corps. C'est la vérité qui existe dès le commencement; l'erreur ne vient qu'après. Dieu sème d'abord le bon grain; le démon, son ennemi, vient ensuite y mêler de l'ivraie. Il suffit donc d'avoir égard à l'ordre naturel des choses, pour arriver à cette conclusion: ce qui a été enseigné en premier lieu est vrai et divin, ce qui a été ajouté depuis est faux et étranger'. Il suit de là que les hérétiques sont convaincus de mensonge,- par ce seul fait qu'ils ne sauraient revendiquer le caractère de l'apostolicilé ni i)0ur leur secte ni pour leur doctrine. Tertullien développe cetic partie de son argumentation avec une force de logique écrasante:
« Au reste, s'il en estparmices secfesqui osent se dire contemporaines des apôtres, pour se donner l'apparence d'un<'