SA NATURE ET SA VAI.EITR
sies ne peuvent se rattacher par aucun lien à ceux que le Christ donnait pour maîtres à l'univers, où faudra-t-il chercher la vraie doctrine des apôtres ? Évidemment dans les Églises apostoliques, qui ont reçu, conservé et propagé renseignement dont le dépôt leur est confié.
« Voulez-vous satisfaire une louable et salutaire curiosité ? dit le prêtre de Garthage, parcourez les Églises apostoliques, où président encore, et à la même place, les chaires des apôtres, où, lorsque vous écouterez la lecture de leurs lettres authentiques, vous croirez les voir eux-mêmes et entendre le son de leur voix. Étes-vous près de l'Achaïe ? vous avez Gorinthe ? de la Macédoine ? vous avez Philippes et ThessalO' nique. Passez-vous en Asie ? vous avez Éphèse. Êtes-vous sur les frontières de l'Italie ? vous avez Rome, à l'autorité de qui nous sommes à portée de recourir. Heureuse Église, dans le sein de laquelle les apôtres ont répandu, avec leur sang, toute la doctrine, où Pierre est associé à la passion du Seigneur, où Paul est couronné comme Jean -Baptiste, où l'apôtre Jean sort de l'huile bouillante sain et sauf, pour être relégué de là dans une île ! Voyons donc ce qu'a appris et ce qu'enseigne Rome, et en quoi elle communique également avec les Églises d'Afrique. Elle reconnaît un seul Dieu, créateur de l'univers; elle reconnaît Jésus-Christ, fils du Dieu créateur, né de la vierge Marie ; elle confesse la résurrection de la chair ; elle mêle la loi et les prophètes aux Évangiles et aux lettres des apôtres. Voilà les sources où elle puise sa foi. Elle fait renaître ses enfants dans l'eau, les revêt du Saint-Esprit, les nourrit de l'Eucharistie, les exhorte au martyre, et repousse quiconque ne professe pas cette doctrine \ »
1. De Prœscript., xxxvi. Ce principe était tellemenl enraciné dans Tes-
-'^^ i.Aisr.iMKNT nr, i-iikschipti on.
Ainsi, d'apivs TerliiUicn, hiciiU'riuiii d'uno doctrine osl sa conformité avec la croyance des Églises apostoliques, et en particulier avec l'enseignement de TÉglise de Rome Tonte la (|nestion est rainen«'e à ce point unique. Pas de méthode plus courte ni plus .facile. Au lieu de nous égarer à perte de vue dans une discussion de textes sans fm ni résultat pratique, nous n'avons plus qu'un simple fait à constater. Il ne s'agit pas de dire: Moi, Marcion, j'ai trouvé ceci dans les Écritures; moi, Yalentin,j'y vois telle autre chose. Vos doctrines sont-elles en harmonie, ou non, avec ce qu'enseignent les Eglises apostoliques, et, en premier lieu, celle de Rome ? tout est là pour vous: et suivant que vous pouvez faire à cette (|uestion une réponse affirmative ou négative, vous professe/ la vérité ou vous soutenez l'erreur. Car les apôtres ont déposé dans le sein de la bienheureuse Église romaine toute la doctrine, totam doctrinam, de telle sorte que, pour terminer le dilférend, il suffit de recourir à son autorité, nnde nobis quoque auctoritas prœsto est^ de savoir ce qu'elle a appris, ce qu'elle enseigne, videamus quid didiceril, quid docueril. Il est impossible, Messieurs, de poser plus résolument le principe de l'autorité doctrinale en face du libre examen, ni do célébrer avec plus de pompe et d'enthousiasme les prérogatives du siège de Rome. Or, s'il vous en souvient, nous avons trouvé exactement le même lang.-ge dans saint Irénée, Comme le prêtre de Garthage, l'évêque de Lyon invite ceux qui cherchent la vraie doctrine à parcourir les Églises apos-
pril lie tous Ifs catliûliques au deiixit'Uie siècle, que Tfrlullifii, deveuu luoutiiuisle, n'eu coulinuerapas luoiiis à l'tuoucer avec la iiièiiif ueltpté : '. Eu lait Jetiaditiou apostolique, dira-t-il, ou n'eu peut recouuailie d'autre que celle qui est aujourd'hui en vigueur dans les Églises fondées pur les ap(')tre=. • (Ai]r, Marcionem. \. 2\.:
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toliques, et, pour abréger le travail, k consulter celle de Rome, avec laquelle toutes les autres sont obligées de s'accorder dans la foi, à cause de sa principauté supérieure, propter potiorem principalitateîn '. D'autre part, les épîtres fie saint Ignace d'Antioclie, écrites à la fin du premier siècle on au commencement du deuxième, nous montrent dans les évéques successeurs des apôtres les vrais organes de la foi et de la tradition*. Donc il faut renoncer à toute certitude historique, ou reconnaître que le principe d'autorité en matière de toi était universellement admis dans l'Église primitive, à l'exception des sectes (jui pullulaient hors d'elle et qui devançaient les hérésies modernes en appliquant le libre examen aux dogmes révélés. Au point oîi en était arrivé le débat, il ne restait plus à TertuUien qu'à résumer l'argument de prescription dans une page où le style et les souvenirs du droit romain viennent prêter à la raison théologique un tour aussi vif qu'original.
« S'il est certain que la vérité se trouve du côté de ceux qui suivent religieusement la règle de foi donnée à l'Église par les apôtres, aux apôtres par le Christ, et au Christ par Dieu, nous sommes donc fondés à soutenir que les hérétiques lie doivent pas être admis à disputer sur les Écritures, puisque nous prouvons, sans le secoursdes Écritures, qu'ils sont absolument étrangers aux Écritures. Car, dès lors qu'ils sont héréti((ues, ils ne sauraient être chrétiens, ne tenant pas du Christ ce qu'ils ont choisi de leur autorité privée et comme hérétiques. Or, n'étant pas chrétiens, ils n'ont aucun droit aux
1. Voyez S. Irétin' et l'éloquence chrétienne dans la Gaule au deuxièiue siècle, Iwou XX.