‹ TertullienChapitre 104 sur 237 · SA NATURE ET SA VALEUU · texte numérisé non relu

SA NATURE ET SA VALEUU

par leur origine et par le contenu de leurs systèmes, les sectaires ne sont nullement fondés à revendiquer pour eux le privilège d'une doctrine qui ne leur a pas été confiée, ni à porter le débat sur des livres sacrés qui ne leur appartiennent à aucun titre. Après avoir fourni cette preuve, la seule requise pour justifier la prescription, Tertullien aurait pu clore le débat ; mais, en écrivain habile, qui sait réserver pour la fin le motif, sinon le plus puissant, du moins le plus propre à exciter l'attention, il voulut frapper un dernier coup en décrivant la conduite des hérétiques. Au fond, cette péro-^ raison ajoutait une nouvelle base à Fargument de prescription, en appuyant la fin de non-recevoir, moins sur la possession et la transmission de la vraie doctrine que sur ses effets comparés au résultat moral des hérésies. Gela revenait à dire aux sectaires : Nous n'avons pas besoin d'examiner vos opinions en elles-mêmes ; il suffit de voir ce qu'elles produisent dans la pratique: car on peut juger de la foi par les mœursj et la sainteté est une marque de la vérité *. Je ne produirai pas en entier ce tableau tracé de nlain de maître ; mais vous penserez sans doute comme moi que beaucoup de traits seraient applicables à d'autres sectes plus modernes;

« Je ne dois pas omettre de décrire ici la conduite des hérétiques; combien elle est frivole, terrestre, basse^ sans gravité, sans autorité, sans discipline, du reste en tout conforme à leur foi. On ne sait, parmi eux, qui est catéchumène, qui est iidèle ; ils entrent, ils écoutent, ils prient pêle-mêle, et même avec des païens, s'il s'en présente ; ils ne se font pas scrupule de donner les choses saintes aux chiens, ni de semer des

l. De Prœscript., xun. « De geuere couversatiouis qualitas fidei œstiuiari potest: doctrinae index disciplina est. .,

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pcrh's, (|ii(>i([U(' fausses, devant les pourceaux. Le renversement de la disci[)line, ils l'appellent simplicité; et notre attacJK'ment au devoir, ils le traitent d'affectation. Ils donnent la |»ai\ à loiil le monde indifféremment. Opposés les uns aux autres dans leur croyance, tout leur est égal, pourvu qu'ils se réunissent pour combattre la vérité... Que dirai-je de leur prédication ? Ils n'ont point à cœur de convertir les païens, mais de pervertir les nôtres: ils mettent leur gloire à renverser ceux qui sont debout, au lieu de relever ceux qui sont à terre. Je ne m'en étonne pas : ne pouvant rien édifier d'eux-mêmes, ils construisent leur œuvre avec les débris de la vérité. Ils s'efforcent de faire crouler notre Église, pour bâtir la leur... On ne peut pas dire qu'il y ait des schismes parmi les hérétiques : du moins, il jry parait pas ; le schisme pour eux est Tunité. En s'écartant de leurs propres règles, ils varient sans cesse entre eux. Chacun tourne à sa façon la doctrine qu'il reçoit, comme celui qui la communique l'avait inventée selon sa fantaisie. L'hérésie, dans ses progrès, ne dément point sa nature ni le caractère de son origine. Les Valentiniens et les Marcionites ont droit d'innover à leur gré dans la religion, aussi bien que Yalentin et Marcion. Bref, toutes les hérésies, si on les examine à fond, s'éloignent sur l)eaucoup de points des sentiments de leurs auteurs... Les sectaires nient qu'on doive craindre Dieu, aussi vivent-ils daHs la plus grande licence. Mais où ne craint-on pas Dieu, sinon là oii il n'est point ? Où Dieu n'est point, la vérité n'est pas non plus; et où la vérité n'est pas, il faut s'attendre à rencontrer une telle discipline. Au contraire, où est Dieu, là se trouve la crainte de Dieu, qui est le commencement de la sagesse; où est la crainte de Dieu, là se trouvent également l'honnête gravité, l'exactitude scrupuleuse, le soin vigilant, le

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