‹ TertullienChapitre 105 sur 237 · SA ISATUUE ET SA VALEUR · texte numérisé non relu

SA ISATUUE ET SA VALEUR

choix éclairé, la communication réfléchie, l'élévation méritée, la soumission religieuse, le service régulier, la modestie eu public, une Église unie et Dieu partout ^ »

La sainteté de l'Église catholique, comparée aux désordres des sectes dissidentes, formait ainsi une dernière présomption en faveur de la vraie doctrine, sans qu'il fût nécessaire d'entreprendre un examen détaillé des systèmes hérétiques. Telle est, en substance, cette argumentation vive, serrée, nerveuse, (|ui a servi de modèle aux controversistes catholiques dans hi suite des temps. Sans doute, les épîtres de saint Ignace d'Antioche, et, plus particulièrement encore, le traité de saint li-énée contre les hérésies, avaient indiqué la méthode qu'il faut suivre à l'égard des sectes dissidentes, en opposant au libre examen le principe de l'autorité doctrinale. Mais, c'est le mérite incontestable de TerluUien d'avoir résumé en ([uelques pages, et reproduit sous une forme originale, saisissante, la démonstration catholique, telle que la concevait l'Église primitive. Aussi, depuis le Commonitoire de saint Vincent de Lérins jusqu'à V Histoire des variations deBossuet,

I. De Prœscript., xli-xliu. Daus quelques manuscrits, ouajoiut au traité des Prescriptions une notice historique sur les principales hérésies; mais il est hors de doute que cet appendice ne présente aucun caractère d'authenticité: aussi ne se trouve-t-il pas dans l'un des plus anciens manuscrits, celui d'Agobard. Poui- prouver que cette pièce est apocryphe, ou n'a pas même besoin d'y relever certains traits qxii sont eu opposition avec (les passages de Tertullieu, comme, par exemple, la biographie de .Marciou. il suffit de lire attentivement les mots qui terminent le traité des Prescriptions pour se convaincre aussitôt que l'ouvrage est entièrement achevé. L'auteur promet bien de réfuter dans la suite quelques hérésies en particulier; mais cette promesse, il l'a tenue dans des écrits postérieurs. Quant à cette continuation apocryphe, elle n'a nullement le caractère d'une réfutation; ce qui ne l'empêche pas d'être fort ancienne, car saint Jérôme en reproduit un fragment dans sou traité contre les Luciférieus.

2l'i l.'ARf. rMi: NT DE PRESC lU TT I 0 \.

lo \rn'\t6 des Prescriptions csi-il dcvomi un arsenal inépuisable pour les défenseurs de la vérité. Car, vous le concevez sans peine, ce chef-d'œuvre de raison et de dialectique a une portée qui dépasse les premiers siècles, tant par les principes qu'il pose que par les erreurs auxquelles il s'aitaque. En dépit des efforts qu'il fait pour restreindre la valeur du raisonnement aux sectes gnosliques, et en particulior à celle de Marcion, Néander est bien obligé de convenir que le prêtre de Carthage met en cause toutes les hérésies \ Le but de l'ouvrage est précisément, comme nous venons de le voir, de s'attacher au caractère général de l'hérésie, sans tenir compte des formes particulières qu'elle peut aff'ecter. S'il vous restait le moindre doute à ce sujet, j'espère le dissiper la prochaine fois, eu plaçant le protestantisme en face du traité des Prescriptions. Tout ce que Tertullicn et l'Église primitive avec lui opposaient aux sectaires du deuxième siècle, l'Église catlioli([n(' est en droit de le répéter aux novateurs du seizième, comme aussi ces derniers n'ont fait ({ue reproduire les sophismes et les variations de leurs prédécesseurs.

1. Àntignostikus, Geistdes TertnlUans, Ht rliu^ JSii», i>. 'MU, 320fl|P^pr(icvAi- (le rérudit protestaul est un curieux exemple des libertés que prennent certains auteurs à l'éganl d'une vérité qui les gêne. Néander s'étend longuement sai- les questions d'origine, de date, etc., qu'on peut soulever au sujet de l'ouvrage ; puis il glisse avec une rapidité nierveilieuse suil'argumentde prescription, sans avoir l'airdesedouterqu'il n'est aucun raison alléguée parTertullienquiu'atteigneégalement le protestantismi il ue pouvait ]»as ignorer cepi'udanl que, depuis trois siècles, ou ii'acessi' d'opposer le traité des Prescriplions aux partisans de la pi'éteudue Ré- Inrme. Comment expliquer, dès lors, un pareil silence chez quelqu'un qui écrit sur une matière si importante? Assurément, rien n'est plus lommode que cette façon d'esquiver les difficultés, mais elle prouve à loiil le nmiu? ppn de confiance dans la bonté d'une cause.

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