VINGT-NEUVIEME LEÇON
Le protestantisme eu face du traité des Prescriptions. - Serrés de près par l'argument de prescription, les chefs de la prétendue Réforme ont exécuté les mêmes évolutions que les sectaires des premiers siècles. — Première hypothèse : apostasie de l'Église entière depuis plus de mille ans. — Le christianisme ruiué par l'hypothèse luthérienne. — Perplexités de Luther sur la question fondamentale de l'Église. — Il change quatorze fois d'opinion en vingt-quatre ans pour justifier la mission qu'il s'arroge. — Deuxième hypothèse : chimère d'une Église purement invisible. — Le protestantisme finit par y renoncer. — Les novateurs du seizième siècle sommés, comme ceux du troisième, de produire leur généalogie. — Troisième hypothèse : tentative désespérée de remonter jusqu'aux apôtres par les sectes disséminées dans le passé. — Cette hypothèse est insoutenable comme les deux précédentes. — Conclusion. — 11 suffît de changer les noms dans le traité des Prescriptions pour retourner contre le protestantisme les arguments de Tertullien.
Messieurs,
Ce qui fait l'importance dogmatique des monuments de la littérature chrétienne au deuxième et au troisième siècle, c'est le témoignage qu'ils viennent prêter à l'Église catholique dans sa lutte avec les hérésies modernes. Changez les noms et la forme, vous retrouverez, d'une part, les mêmes attaques, et de l'autre, les mêmes moyens de défense. Nous avons vu, la dernière fois, avec quel art consommé Tertullien dirigeait contre les sectaires de son temps l'argument de prescription. Ceux-ci voulaient engager le débat sur le terrain des Écri-
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lurcs, qu'ils niaiiiaieut et interprétaient à leur i^ré ^ Tertuilien leur prouve qu'ils ne sont pas même recevables à discuter sur les écritures, par la raison bien simple que l'Église est en possession de la vraie doctrine, qu'elle a reçue des apôtres pour la conserver intacte avec l'assistance de l'Esprit-Saint. A l'exemple des sectes gnostiques, les fractions protestantes du seizième siècle ont prétendu justifier par la Bible les nouveautés qu'elles opposaient à l'enseignement traditionnel. Sans refuser la controverse sur les divers points où il plaisait aux novateurs de la porter, les défenseurs de l'orthodoxie faisaient observer néanmoins, avec le prêtre de Carthage, qu'il est plus simple et plus rationnel de suivre une autre voie, en' cherchant tout d'abord où se trouve la vraie Église de Jésus-Christ; car il est évident, disaient-ils, ([uc là se trouS-ent également la vraie; doctrine et la véritable interprétation des Écritures. Outre l'avantage qu'elle possède de trancher la question par un argument sans réplique, cette méthode olï're encore celui d'être à la portée de tous, de ceux-là mêmes que le défaut d'instruction rend incapables d'un examen approfondi du texte sacré; car il est lacile de reconnaître la véritable Église de Jésus-Christ aux marques qui la distinguent. Ces marques extérieures et visibles, Tertullien les avait indiquées : l'accord de tous dans une seule et même foi, c'est-à-dire l'unité universelle ou catholique; la succession non interrompue des pasteurs et des fidèles jusqu'aux apôtres, ou l'apostolicité ; la pureté et la vigueur de la discipline, ou la sainteté ^ Il suffisait de reprendre cette
ï. De Prœscript., xv.
2. De Prœscript., xxviii,xxxii,xxxvi, xli. Lu critique protefitaut m'opposait, il ]i'y a pas longtemps, dans uue Revue de Genève, que la qualification de catholique n'est pas très ancienne.* C'est encore là uue de ces
thèse, aussi ancienne que le christianisme, pour en faire sortir une condamnation éclatante des théories luthériennes ou calvinistes, et cela au nom de cette Église primitive que les soi-disant réformateurs avaient la prétention de ressusciter. C'est, Messieurs, ce que je me propose de démontrer aujourd'hui. Serré de près par Fargumeut de prescription, le protestantisme s'est vu réduit à exécuter les mêmes évolutions que les sectes dont Tertullien décrivait l'attitude et les procédés.
Et d'abord, quel était le but hautement avoué par les sectaires du deuxième siècle? Ils venaient, disaient-ils, réformer l'Église, la réformer dans sa doctrine et dans son culte. A les entendre, l'Église n'avait pas compris l'enseignement du Christ et des apôtres : elle s'était trompée sur le véritable sens des Écritures. Il s'agissait donc de la redresser dans les croyances qu'elle s'était faites, et de la ramener vers ce que les hérétiques appelaient la pureté de l'Évangile \ D'où il résultait, par une conséquence nécessaire, que la vraie Église de .lésus-Christ avait disparu de la terre, sauf à revivre par les efforts de Valentin et de Marcion. Cette conséquence, Tertullien la déduisait avec cette puissance de logique qui lui est propre.
a?sertions qui prouvent avec quelle légèreté ou lit les Pères de l'Église chez nos frères séparés. L'Église s'est appelée catholique dès les premiers temps, pour affirmer sou universalité et se distinguer parla des sectes dissidentes. Déjà vers la fin du premier siècle ou au commencement du deuxième, saint Ignace d'Antioche fait usage de cette dénomination ; « l'Église catholique, îj y.aOoXr/.ri E/.zXrjC'.a. » (Ép. aux Smyruiens, Vlll, édition Dressel, Leipzig, 18.j7, p. 192.) Quant à Tertullien, il emploie cette expression à différentes reprises : « Catholicam bonitatem, toto orbe diffusam. » (Adv. Marcionem, lib. H.) — « Catholicam Hierusalem. > (Lib. IV.) Item, dp Prœscrip1\, xxvi: do Fuga, etc. 1. Dp PriPscripl.. xxvii.