I,K TRAITÉ DES PRESCRIPTIONS
cette Babylone, mon peuple I Que vous n'ayez point part à ses péchés, et que vous ne soyez pas enveloppés dans ses plaies* ! »
Voilà qui est clair et formel : d'après Luther, la vraie Église de Jésus-Christ n'existait plus depuis nombre do siècles. Calvin n'est pas moins explicite : selon lui, « la doctrine essentielle au christianisme était entièrement oubliée dans l'ancienne Église, devenue parla une école d'impiété et d'idolâtrie '. » Fort bien ; mais, dans ce cas, surgissait une objection dont les réformateurs n'avaient pas calculé la portée. En présence de cette défection totale de l'Église, que fallait-il penser des promesses de Jésus-Christ ? Comment ! le Fils de Dieu avait promis à son Église d'être avec elle jusqu'à la consommation des siècles ; il avait déclaré que les portes de l'enfer ne prévaudraient pas contre elle, que l'esprit de vérité demeurerait avec elle éternellement, in œternum ; et vous venez nous dire que cette Église, cette colonne et ce fondement de la vérité, comme l'appelle saint Paul, est devenue, depuis plus de mille ans, une école d'impiété et d'idolâtrie, le siège de l'Antéchrist, une Babylone d'où il faut sortir au plus vite pour ne pas prendre part à ses abominations! Mais, imprudents que vous êtes, ne voyez-vous pas
1. Œuvres de Luther, édit. Wulch., xiii, ail, 2300, (-Aii. rriéiia, lo62, VII, 414. Pour appuyer sa thèse sur la défection de l'Église, Luther cite plus de douze fois la prophétie du Sauveur dans S. Matthieu l\\i\\ 24) : '< De faux prophètes s'élèveront de manière à séduire, s'il était possible, les élus mêmes ; » mais, suivant un procédé qui lui est habituel, il a toujours grand soin de supprimer ces mots, s'il était possible , par lesquels le Sauveur donne à entendre que les élus ne seront pas réellement séduits. On ne trouve pas d'expressions assez sévères pour qualifier ces procédés, à l'aide desquels le moine apostat trompait la bonne foi des simples.