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que vos attaques remontent jusqu'au Christ lui-même ? que vous le faites descendre du trône de sa divinité, pour le ranger à la suite des plus vils imposteurs ? Car, s'il a abandonné son Église, après lui avoir promis le contraire, il s'ensuit qu'il en a menti ; et alors le christianisme cesse d'être l'œuvre de Dieu, pour se confondre avec tant d'autres qui, écloses du cerveau de l'homme, en trahissent, par leur instabilité, l'irrémédiable faiblesse.
A cela. Messieurs, que répondre? En saine logique, il n'y avait pas d'issue possible à ce dilemme : ou l'Église de Jésus- Christ avait péri à l'époque des réformateurs, et, dans cette hypothèse, les promesses de Jésus-Christ ont été vaines ; ou elle existait, et, dans ce cas, de quel droit pouvait-on s'insurger contre elle, soutenir ce qu'elle réprouvait, enseigner ce qu'elle condamnait ? Il faut être juste, Luther comprenait par intervalle le danger de sa position. Alors, par la plus étrange des contradictions, il lui échappait de dire qu'on ne peut pas contester à l'Église romaine le privilège « de posséder la parole de Dieu 'et l'apostolat, la foi, les sacrements, Jésus-Christ et l'Esprit-Saint \ » Permettez-moi, Messieurs
1. Œuvres de Luther, t'-dit. Walcli., viii. 479. Pres.^és par cette redoutable objection, les calvinistes, eux aussi, ont fini par reconnaître que l'Église romaine « est le corps où les vrais fidèles étaient nourris avant la Réforme, et sou ministère,celui où ils recevaient les aliments suffisants sans soustraction d'aucun. » (Claude, Réponse d Bossuet, p. 130, etc.) •lurieu avouait, de son côté, « que Dieu y avait conservé les vérités fondamentales. » Comme si Jésus-Christ avait restreint ses promes.^es aux deux ou trois vérités dont parle Jurieu! En tout cas, nous voilà bien loin de cette « école d'impiété et d'idolâtrie », où, selon Calvin, <> la doctrine essentielle au christianisme était entièrement oubliée. » Jamais l'histoire du genre humain n'a eu h enregistrer de plus misérables contradictions. Je comprends que le système de Hegel sur l'identité du oui et du non ail dû être le dernier mot de la sophistique protestante : il fallait bien finir par ériger en théorie ce qu'on avait pratiqué depuis trois siècles.
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de vous lire ce peu de ligues, (jui luoulrent dans quelles perplexités la question de l'Église jetait un esprit partagé entre les erreurs oii l'entraînait son orgueil, et la vérité, dont il subissait l'ascendant malgré lui :
« On ne saurait croire combien Ton est perplexe et chagrin (comme il m'est souvent arrivé) d'avoir à enseigner à rencontre des Pères, alors qu'on voit que tant d'hommes intelligents, doctes et excellents, l'élite du monde, et puis tant de saints personnages, tels que saint Ambroise, saint Augustin, saint Jérôme, etc., ont cru et enseigné de telle ou telle manière.,. Puis viennent les clameurs de ces gens-là qui crient : Église! Église ! et c'est ce qui m'afflige le plus. Car c'est vraiment une tâche bien difficile, que de vaincre son propre cœur en ces sortes de choses, de s'éloigner de ceux qui sont {•n grande vénération et ont une telle autorité, de s'écartei' même de l'Église et de ne plus en admettre la doctrine \ »
L'homme (jui parlait delà sorte n'était pas très rassuré sur la légitimité de son œuvre ; et l'on sent, au ton de sa voix, que la conscience protestait contre les emportements de la passion. Une des choses qui frappent davantage, lorsqu'on étudie les écrits de Luther, c'est de voir que, malgré tous ses efïorts pour colorer à ses propres yeux sa révolte contre l'Église, il n'est jamais parvenu à se tranquilliser sur ce point capital^. Sa position relativement à la grande société dont il
1. Œuvres de Luther, xxii, 9i8; i, 733. — Voyez également les citations dans Saint Irt'née et l'éloquence chrétienne au deuxième siècle, leçon XIX».
2. C'est ;iin?i qu'il cherchait à se consoler par l'idée que lui et ses adhérent? n'étaient pas hérétiques, mais simplement schismatiques • xxn, 930). Encore celte atténuation ne suffisait-elle point pour calmer ses inquiétudes. Il aimait à répéter, et tâchait de se persuader à lui-même qu'il ne s'était pas volontairement séparé de l'Église, mais qu'il eu avait été expulsi- pai- la force (vi, 833 .
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>'était séparé, continua de rester pour lui une source d'an^ poisses que ni les déclamations ni les sophismes ne pouvaient dissiper entièrement. Il ne crie si fort contre l'Église et le pape, que parce qu'il lui est impossible d'effacer de son àm.e le souvenir des promesses de JésuS'Ghrist. On dirait un lîomme qui a besoin de s'exciter à la haine, pour oublier lo devoir: qui, à force de tempêter, cherche à s'étourdir lui' même, et à dominer par ses bruyantes colères une voi\ qui le poursuit et l'obsède. Ces préoccupations ou, pour mieux dire, ces anxiétés poignantes sont visibles en plus de cent endroits des œuvres de Luther. C'est qu'en effet, pour qui» conque se serait tant soit peu soucié de mettre sa conduite d'accord avec la logique et le droit, la situation était inextri' cable. Ici venaient se presser en foule les questions sous lesquelles TertuUien accablait les sectaires de son temps, quand il les sommait de montrer en vertu de quels titres ils s'arrogeaient la mission de réformer l'Église :
« Que les hérétiques, s'écriait Féloquent prêtre de Car- I liage, nous prouvent donc qu'ils sont de nouveaux apôtres; qu'ils affirment que Jésus-Christ est descendu une seconde fois sur la terre, qu'il a de nouveau enseigné, que de nouveau il a été crucifié, qu'il est mort et ressuscité derechef, et ([u'enfin il leur a communiqué le pouvoir d'opérer les pro^ diges qu'il faisait lui-même : c'est à ces traits qu'on reconnaît les vrais apôtres. Qu'ils nous montrent donc, à leur tour, les miracles qui contirment leur mission. Pour moi, j'en connais un très grand, par lequel ils ont imité les apôtres en sens contraire : ceux-ci rendaient la vie aux morts, et les hérétiques donnent la mort aux vivants '. »