‹ TertullienChapitre 112 sur 237 · l)e Prœscript., xxv, xxvi · texte numérisé non relu

l)e Prœscript., xxv, xxvi

■2. Von Bapsthuiit, Œuvres de Luther, édit. d'Iéua, vol. I, p. 266 ; Res° punsio ad librum Ambrosii Catharini, t. II, fol. 376, 377. Calvin déclare •'^'alement que les prédestiués spuIs appartieuuent à l'Église ; et comme nul ue sait, de science certaine, s'il est prédestiné, il s'ensuit que Dieu seul couua'l la véritable Église; dans ce cas, comment savoir où elle se trouve? (InstU. Christ., lib. III, cap. n, g 8-11 ; lib. IV, cap. i, § 2.)

Rien de plus naïf que la définition de l'Église telle qu'elle est donnée par la confession d'Augsbourg : « L'Église est l'assemblée des saints dans laquelle se trouve la vraie prédication de l'Évangile et la légitime administration des sacrements. » Fort bien, mais la question est précisément de savoir où trouver et à quels signes reconnaître la « vraie prédication de l'Évangile et la légitime administration des sacrements. » La définition protestante est une pure tautologie: c'est répoudre à la question parla question, résoudre l'inconnu par l'inconnu. Que dirait-oif. de celui qui, voulant montrer où se trouve la vraie religion, se conteulerait de cette définition: « La vraie religion est celle qui détermine le mieux les relations de l'homme avec Dieu? » Cela est vrai sans doute, mais qui ne voit que rien n'est avancé par là? car aussitôt se présente la question ; Laquelle des religions existantes détermine le mieux les relations de l'homme avec Dieu ? L'Église catholique ne se joue pas ainsi de la raison humaine; elle répond en produisant des marque? décisives, caractéristiques, parce qu'elles sont extérieures, notoires, visibles pour tous, l'accord de toutes les Églises particulières dans la même foi ; la suC' cession non interrompue des évèques jusqu'aux apôtres ; la primauté de S. Pierre persévérant d'âge en âge dans le pontife romain, etc.

230 LE TRAITiE DES PKESCRl l'T IONS

entrer dans cette Église que l'on ne voit pas, que l'on n'entend pas, que l'on ne touche pas, que 1 on cherche partout sans la rencontrer nulle part ? Comment, pour des êtres visibles tels que nous, Jésus-Christ aurait institué une Église invisible! Et ce serait là celte cité dont parle TÉvangile, cette cité bâtie sur la montagne, de telle sorte que chacun puisse la distinguer ; ce flambeau élevé sur le candélabre pour reluire aux yeux de tous; ce corps de Jésus-Christ, que décrit saint Paul, et dont les membres doivent pouvoir se reconnaître, parce que chacun a sa fonction spéciale à remplir ! Mais, si vous aviez pesé sérieusement ce mot qui dit tout, qui renferme tout : Verbum caro factum est, « le Verbe s'est fait chair », vous n'affirmeriez pas que le royaume du Verbe incarné, du Verbe rendu visible et palpable a dû être un royaume invisible; mais une Église purement intérieure et spirituelle, c^est une Église en l'air, sans forme ni réalité, c'est un rêve, un fantôme, une chimère, ce n'est rien. Donc, ou professez l'idéalisme absolu, le docétisme à la façon de Valentin et de Marcion, ou reconnaissez que l'hypothèse d'une Église pure^ ment invisible est aussi contraire à l'incarnation du Verbe qu'à la nature et à la constitution de l'homme.

Les sectes protestantes comprirent que l'hypothèse de Luther équivalait à la négation du christianisme, comme institution extérieure et positive; aussi cette machine de guerre, inventée pour les besoins d'une nouvelle cause, disparut^ell<' peu à peu de l'arsenal des prétendus réformés \ Mais alor>

1. C'est ainsi que la coufessicJn saxoiiue, article xii, recouiiaît la visibilité (le rÉglise : « Nous ue parlons pas de l'Église couime d'une idée de Platon, mais nous montrons une Église que l'on puisse voir et entendre. Mélauchthon s'exprime de même à cet égard dans ses Loci communes: << Toutes les fois que nous pensons à l'Église, représeutons-uous l'a--

ET LE PROTESTANTISME. St31

revenait, plus pressante que jamais, l'argumentation de Tertullien et de l'Église primitive. Que disait, en effet, le prêtre de Carthage aux novateurs de son temps ? Vous n'êtes pas la véritable Église de Jésus-Christ, parce que vous ne remontez pas jusqu'aux apôtres. Hier encore, personne ne vous connaissait. L'Église enseignait depuis longtemps, et nul ne songeait à vous. Où étiez-vous alors? Oii était Marcion, ce pilote du Pont-Euxin, ce stoïcien zélé? Où était Valentin le platonicien ? Si vous prétendez être les héritiers des apôtres, eh bien I dressez votre table généalogique, faites-nous voir l'origine de vos Églises, l'ordre et la succession de vos évêques, en sorte que vous remontiez jusqu'aux apôtres ou à l'un de ces hommes apostoliques qui ont persévéré dans la communion des disciples du Seigneur. Voilà ce que l'Église catholique peut établir sans la moindre difficulté : chacun de ses évêques se rattache aux apôtres par la perpétuité d'un ministère qui n^a jamais souffert d'interruption. Quant à vous, il vous est impossible de rien imaginer de semblable : vous êtes là, isolés, sans lien ni rapport avec le passé ; votre nouveauté seule fait déjà votre condamnation'.

Vous concevez fort bien. Messieurs, que Targument de Tertullien s'appliquait encore avec plus de force aux sectes pi'otestantes, séparées des apôtres par un intervalle de quinze siècles, pendant lequel rml n'avait entendu parler de luthé^ riens ni de calvinistes. Gomment prétendre avec la moindre apparence de raison qu'on se rattachait aux apôtres par une succession non interrompue de pasteurs et de lidèles? Où

?5ulblée de ceux qui sout appelés, c'*est-à-dire ime Église visible, et u'allous pas nous figurer qu'il y ait des élus ailleurs, ëi ce u'est dans cette société visible. »

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