‹ TertullienChapitre 113 sur 237 · De Prœscript., xxx, xxxii, xxxiv, xxxv · texte numérisé non relu

De Prœscript., xxx, xxxii, xxxiv, xxxv

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donc ccKc succession se serait-elle li'ouvée:' Dans l'Ét,'lis'j. catholique? C'était reconnaître en elle la véritable Éylise de Jésus-Christ, et, par suite, se condamner soi-niènie. Dans l'Église grecque ? Mais en vertu de quelle liliation Luther et Calvin descendaient-ils des patriarches de Constantinople et d'Alexandrie ? Ceux-ci n'avaient-ils pas répudié hautement toute alliance avec des gens (pi'ils tenaient pour hérétiques :' Ur, en dehors de l'Eglise grecque et de l'Eglise latine, où découvrir une Église qui eût existé depuis quinze siècles et par le canal de laquelle les protestants pussent remonter jus- ([u'aux apôtres? Et, si l'on ne parvenait à en découvrir une, n'était-ce pas renoncer à toute succession aposloli([ue, et avouer par là même ce caractère de nouveauté qu'il fallait dissimuler à toute force ? La difficulté était extrême. Pour y échapper, les sectes protestantes empruntèrent aux gnostiques un expédient dont Tertullien avait dévoilé la faiblesse. C'est chose vraiment curieuse que d'observer comment des situations analogues obligent l'esprit de parti à recourir aux mêmes procédés.

Nous avons vu que les hérétiques du deuxième siècle, sommés par Tertullien de produire leur généalogie, cherchaient à se créer une succession quelconque, en remontant de secte en secte jusqu'au temps des apôtres, afin de jetersur leur origine récente un voile d'antiquité. A quoi le prêtre de Carthage répondait avec infiniment de raison : Ne vous faites pas illusion, ce n'est point aux apôtres que vous remontez par cette filiation dont nous vous laissons toute la gloire, mais aux sectes condamnées par les apôtres, ce qui est bien différent. Parmi les écrivains du protestantisme, il s'en est trouvé qui n'ont pas craint d'avoir recours à un artifice semblable, pour se donner des ancêtres et des prédécesseurs. Et ne soyez

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pas étonnés, Messieurs, de toutes ces évolutions (jik; nous décrivons en ce moment ; les nécessités de la polémique ont contraint la Réforme de les exécuter Tune après l'autre. Eu général, les hommes ne sont pas absurdes pour le plaisir de Tètre: ils le deviennent par intérêt ou par entêtement. Pour écarter le reproche de nouveauté, il fallait absolument se rattacher au passé par un lien quelconque; sinon, conmient répondre à cette ol)jection si embarrassante pour les auteurs du mouvement: Où était votre Égliseavant le seizième siècle? Alors, les voilà qui, se retournant vers les âges antérieurs, composent une Église dans laquelle ils font entrer pêle-mêle, sans suite ni unité, les révoltés de tous les temps et de tous les lieux. Partout où l'on découvrira un hérétique, d'où qu'il vienne et (|uelque nom (pi'il porte, pourvu qu'il ait crié bien haut contre le pape et contre l'Église, il comptera parmi les précurcCurs de Luther et de Calvin, sans que l'on s'inquiète de savoir si le fond de sa doctrine s'accorde avec la leur. De cette manière, l'on arrangera sans peine une descendance légitime, qui comprendra tous les sectaires et les excommuniés, de Jean Huss à Wiclef, de Wiclef aux Vaudois et aux Albigeois, de ces derniers aux Pauliciens, aux Cathares, et ainsi de suite. Donc, que l'on ne reproche plus à la Réforme sa nouveauté : elle a ses antécédents, sa généalogie, aussi ancienne que celle de l'Église catholique; car, après tout, Simon le magicien a été contemporain des apôtres.

De toutes les réponses hasardées par les écrivains de la Réforme, je n'en connais pas de plus faible, ni qui trahisse mieux l'embarras où les jetait une rébellion injustifiable. Quoi! reprenaient les théologiens catholiques, voilà votre Église, votre succession apostolique, votre héritage traditionnel? Un amalgame de sectes, perdues cà et là dans quelques

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coins de la terre, sans lien ni consistance; un ramassis de révoltés, qui ne sont jamais parvenus à former une société compacte et unie! C'est ainsi que vous remontez jusqu'aux apôtres, en donnant la main à tout ce qu'il y a eu dans les siècles passés d'hérétiques et d'excommuniés! C'est là votre avant-fïarde ; ce sont vos pères dans la foi ! Une poignée de factieux que l'Église entière avait rejetés de son sein, contre lesquels les princes temporels eux-mêmes avaient été obligés de se défendre, pour les empêcher de détruire les bases de l'ordre social par un communisme insensé ! Voilà, selon vous, l'Église de Jésus-Christ! C'est-à-dire qu'au lieu de suivre le cours majestueux du Ueuve de la tradition, vous allez côtoyer quelques ruisseaux fangeux qui n^ont pu retenir leurs eaux dans des lits desséchés! Au lieu de vous rattacher à cet arl)re de vie planté par le Christ, et dont les branches vigoureuses s'étendent depuis quinze siècles sur le monde entier, vous essayez de juxtaposer quelques tronçons épars qui se refusent à toute cohésion. Car cette dernière consolation même vous reste interdite. Êtes-vous bien sûrs que ces sectes auxquelles vous avez la prétention de relier la vôtre, vous auraient reconnus pour leurs descendants légitimes? D'accord avec vous dans leur révolte contre TÉglise catholique, elles se séparent de vos doctrines sur des points fondamentaux. Vous dites vous-mêmes « que Wiclef n'a rien compris à la justice de la foi, » qui est l'article capital de votre système *. Jean Huss se serait signé devant vous, lui qui jusqu'à la fin de ses jours, adit la Messe et adoré l'Eucharistie-

1. C'est aiusi que parle Mélaiichthon, ilaiis la préface de ses Loci communes. Luther s'exprime de même dans ses Colloquia, sur le compte de Jean Huss, qu'il déclare plongé dans Terreur pour Tarticle de la justification, pivot de toute la tliéologie protestante.

Tout en niant l'un ou l'autre dogme professé par l'Église, ni Béranger, ni Vigilance, ni Jovinien, ni aucun de ceux que vous comptez parmi vos ancêtres, ne vous eût admis dans sa communion. Croyez-le bien, il vaut encore mieux pour vou; renoncer à toute succession et vous résigner à votre isolement que d'accepter un pareil héritage ; votre alliance avec les sectes antérieures n'ajoute rien à leur autorité, et leur cause ne sert pas la vôtre.

La tentative de remonter jusqu'aux apôtres par les sectes disséminées d'espace en espace dans, le passé, cette tentative extrême n'avait pas été plus heureuse que les deux hypothèses d'une Église invisible ou d'une apostasie de l'Église depuis mille ans. Si, avant la Réforme, la véritable Église de Jésus-Christ n'existait plus, les promesses du Fils de Dieu ont été vaines; si l'Église de Jésus-Christ se réduit à une société purement intérieure et invisible, l'incarnation du Verbe est un non-sens; si l'Église de Jésus-Christ se compose de tous les hérétiques des temps passés, jamais société plus misérable n'a paru sur la terre. Que le protestantisme choisisse entre ces trois suppositions, qui détruisent également la religion chrétienne. Car, remarquez-le bien, il a besoin d'en adopter une; sinon, l'argument de prescription formulé par Ter tullien conserve toute sa force. Avant Luther et Calvin, il y avait une Église embrassant Tunivers entier dans les liens de la hiérarchie et de sa doctrine. Seule, elle remontait jusqu'aux apôtres, par une suite non interrompue de pasteurs et de fidèles réunis sous l'autorité du successeur de saint Pierre, chef du collège apostolique. Pas un diocèse, pas une paroisse qui ne se rattachât à la grande chaîne traditionnelle par une série d'anneaux dont le dernier venait aboutir à l'origine du christianisme. En dehors de cette Église une et universelle,

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